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Eugène Lunven

Eugène, le paysan-goémonier aux multiples facettes

Eugène LUNVEN naît à Diégo-Suarez à Madagascar le 23 juillet 1922. Son père Yves né en 1891 à Landunvez, est appelé au service militaire en 1911 dans la coloniale. A l’époque la durée du service est de 3 ans et il doit être libéré le 24 août 1914 mais le 3 août la guerre se déclare et il est donc maintenu sous les drapeaux. A la fin de la guerre en 1918, il a le grade de sergent et a déjà passé 7 ans sous les drapeaux, il pense qu’il serait judicieux de rempiler pour 8 ans et d’avoir ainsi une retraite de l’armée. C’est ce qu’il fait et il est affecté à Diego-Suarez. Entre temps, le 18 novembre 1919, il se marie avec Joséphine (Marie Joseph) Kervoal, née en 1897 à Porspoder. Sa femme vient donc s’installer avec lui à Madagascar en février 1921 et c’est ainsi qu’Eugène voit le jour dans cette ville.

En1928, au moment où le père d’Eugène quitte l’armée, son grand-père maternel (Jean-Marie) veut céder sa ferme de Porspoder à un de ses fils. Yves, prend la suite de son père en devenant paysan-goémonier. La ferme, comme la plupart des fermes de la côte, est petite : 4 ou 5 hectares, 2 chevaux et 4 ou 5 vaches. Du coup, la récolte du goémon est une activité complémentaire et nécessaire.

Eugène a quatre ans quand il arrive à Porspoder. Il entre à l’école maternelle privée de cette commune. Déjà à cet âge sa maman lui apprend de petites chansons telle celle-ci :

"A l’école chaque jour,
Sans une paresse,
Vous ferez vos devoirs avec amour,
Vive notre école,
Vive notre école chrétienne."

On verra plus loin combien cela semble l’avoir marqué à vie. Puis, pour le primaire, il fréquente l’école publique de cette commune où il saute une classe. A 8 ans, il rejoint la classe de 9ème à Saint Louis de Brest où il est interne.


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Collège Saint-Louis – Brest -1934

Il passe son certificat d’études mais le rate d’un ½ point. Néanmoins, il entre en 6ème et est très bon en langues : il étudie le latin en 4ème et 5ème, l’anglais, l’espagnol, matière où il se voit décerné le 1er prix en 4ème et en 3ème. Pour aider son père à la ferme, il quitte l’école, à regret, sans diplôme car à l’époque le brevet se passait en seconde ; il a 15 ans.

En 1947, il est élu le plus jeune conseiller municipal à Porspoder et « depuis seize ans, je suis le dernier de ce conseil encore en vie », nous dit-il.

Eugène se marie à Plougonvelin le 27 juillet 1948 avec Marie-Thérèse Mazé originaire de Saint-Mathieu. Au début de leur mariage ils vivent à Porspoder.

Le 27 juillet 1948 l’église de Plougonvelin, sinistrée 4 ans plus tôt, n’est pas encore reconstruite

En mai 1956, suite au décès de sa belle-mère, la ferme de Saint-Mathieu est libre et Eugène s’y installe avec sa femme et ses trois fils. Si les Lunven sont originaires de Milizac (avant Landunvez), les Mazé sont installés à Saint Mathieu bien avant la Révolution.


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La ferme de Saint-Mathieu
… Achetée en 1986 …
en face de la ferme « Mazé » …

Eugène le goémonier

Il dit qu’il sent le goémon arriver à la côte et quand c’est le cas, il n’y a pas de temps à perdre. Le ramassage du goémon doit se dérouler selon certaines règles qui sont les mêmes partout à Porspoder comme à Plougonvelin. La récolte ne peut commencer le matin qu’à l’extinction des phares et doit s’arrêter le soir dès que les feux s’allument. De plus, il faut travailler en symbiose avec les marées. Ce travail passe donc toujours avant celui de la ferme.


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Pour les besoins, d’une reconstitution de remontée de goémon à partir des daviedou (daviers) des Rospects, il accepte, en 2002, de mettre à contribution son cheval avec les derniers témoins de cette activité mi agricole, mi industrielle

Eugène, le paysan

Dès la récolte du goémon terminée, le travail de la ferme reprend son droit. Eugène éprouve toujours beaucoup de plaisir à travailler la terre avec sa charrue et ses chevaux de trait. Ce bonheur est tel qu’il chante tout le temps en charruant, au point qu’il peut se passer de manger nous dit-il.


Eugène labourant … dans un site exceptionnel
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En 1966, il est l’un des premiers de la commune à avoir la télévision mais, il n’aura jamais de tracteur : il aime trop ses chevaux pour les remplacer par un engin à moteur.

Eugène, l’éleveur de chevaux

La maison d’Eugène témoigne de son amour pour les chevaux et des diverses récompenses gagnées dans les différents concours : une vingtaine de coupes sur plus d’une cinquantaine qu’il a reçues et de nombreuses cocardes sont exposées dans sa cuisine. Eugène élève des chevaux de trait et des postiers bretons. Il a jusqu’à 46 chevaux.


image quelques uns des trophées image

En 1981, il se rend à Lamballe pour présenter deux juments à des Japonais avec qui il conclut la vente. Ces deux premières juments quittent donc la Bretagne pour le Japon. Beaucoup d’autres suivent pour d’autres pays : le Brésil, l’Italie, l’Afrique du Nord, l’Espagne.
En 1988, il cesse l’exportation vers les pays étrangers et en 1998, il vend sa dernière jument Ginorre, le cœur serré, à la mairie de Pont-Scorff pour le ramassage des ordures ménagères.

Eugène, l’humanitaire

En 1993, on lui demande de participer « aux chevaux de l’espoir » dans le cadre du téléthon. Le but était de rejoindre Porspoder à Concarneau par étapes. Ayant accepté la proposition, Eugène eut l’idée de composer une chanson sur ce thème.

A Concarneau, l’animateur lui demande de chanter sa chanson en breton. Il s’exécute et à la fin, le président des myopathes du Finistère, en fauteuil roulant, vient le trouver et lui demande de traduire sa chanson en français pour le prochain rassemblement du 29 janvier 1994 à Châteaulin. Eugène accepte gentiment de le faire et c’est ainsi qu’est née :

" Donnez, donnez, donnez pour le téléthon
Donnez, donnez, donnez pour les chercheurs,
Donnez, donnez, donnez pour les handicapés
Donnez, donnez, donnez, vous les travaille
Donnez, donnez, donnez ce que vous pouvez,
Donnez, donnez, donnez selon votre volonté"

En 1995, les responsables français du téléthon, sous la présidence de Monsieur Barrato, se réunissent à Paris et décident de décerner la médaille du téléthon à Eugène.

Eugène, l’acteur

Eugène tourne dans 29 films, documentaires ou publicités. En 1972, dans son premier film « Les Volets Clos  » qui a pour cadre les quais du port du Conquet, il a un rôle de maquignon. Il tourne aussi pour l’émission « Thalassa  » par jour de grande tempête où il est filmé avec sa charrette et ses chevaux devant la grève du Goazel et devant le phare.


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Sur la pointe, une étoile est née …



Ouest-France du 9 juillet 1987.
L'article est co-signé par un certain Christophe Miossec !

D’autres films suivent tels : « Si j’avais mille ans  », «  Les Iles  » (avec Marie Trintignant), « Fin de voyage d’affaires », « Hommage à la vie à la campagne ».Il figure également dans des publicités comme « Les Galettes Saint-Michel », « Le Pâté Hénaff  », « La 206 Peugeot ».

En 2010, un grand réalisateur allemand, Jo Bayer, lui demande de faire un film sur sa vie. Ainsi est sorti le film intitulé : « Eugène, le cheval ». Ce film passe à Lausanne au Festival du Cinéma du 21 au 25 février 2011. Il passe également à Nantes. Il est aussi, plusieurs années durant, pour les spectacles d’été à « si Bertheaume m’était conté  », le mendiant, homme simple et homme de simples … un peu guérisseur.

Eugène, le poète, le chanteur, le compositeur

Il publie un recueil de poèmes aux éditions «  Brud Nevez  » en 1981.
Il remporte le premier prix de poésie en breton, à la salle Cerdan à Brest, en 1983.

On l’a dit, Eugène aime beaucoup chanter. Des chansons comme « Lili Marlène » ou «  les Amants de Saint Jean  » de Lucienne Delyle, très en vogue pendant la guerre, font partie de son répertoire, de même que la chanson du maçon et bien d’autres. Il connaît aussi des refrains humoristiques tels que :

Elle avait une jambe de bois,
Et pour que ça ne se voie pas,
Elle avait mis par en-dessous
Une rondelle en caoutchouc

Mais il sait aussi composer des chansons. Souvent il commence par écrire des poèmes puis il les met en chansons. Parfois, il écrit la chanson en breton et la traduit ensuite en français. En plus de chansons de films telle celle sur les Iles écrite en français à l’occasion de la sortie du film du même nom et que le producteur iranien lui a demandé de traduire en breton en deux jours. Il en compose beaucoup d’autres sur différents thèmes qui lui sont chers et pour différentes circonstances, tel : « Va buhez gant ar c’hezeg  » Ma vie avec les chevaux. Pour l’enterrement de son épouse qui décède le 1er novembre 1997, il lui écrit ce poème :


Que les feuilles mortes qui contournent ta tombe
T’apportent du Paradis
Les plaisirs d’un autre monde.
Que de cette terre où tu seras,
Jaillisse la lumière à la lueur du jour.
Mes paupières seront fermées
Plutôt que d’oublier
Mimi et son amour.
Colombe, si tu voles au-dessus de cette tombe,
Chante-lui tes plus belles chansons.
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Mimi (à droite) et sa sœur Phine

En 1986, l’audiovisuel de Saint Cadou tourne le film « Gwad Kezeg  » « Sang de Cheval  ». Il demande à Eugène d’écrire la chanson du film en breton. Pour celle-ci, il reçoit le huitième prix sur cinquante à Inverness en Écosse, où est tourné le film. Il en écrit aussi un sur la Pointe Saint-Mathieu et combien d’autres !

Eugène, le farceur

Eugène est donc un personnage à multiples facettes mais ce qui le rend fascinant c’est son humour et sa gaieté. Tout au long de sa vie il a aimé rire et faire des farces, voici une d’entre elles : « En 1942, avec une bande copains ils veulent faire un réveillon mais comme c’est période de guerre ils n’ont rien à se mettre sous la dent, à part les pommes de terre, le beurre et le vin qu’ils ont pu avoir avec des tickets. Alors Eugène dit : « Mais Nanig, il fait son pain le mercredi soir et il le laisse refroidir dans le fournil jusqu’au jeudi matin, là au moins on trouvera du pain ». Aussitôt dit, aussitôt fait et les voilà avec 13 pains récupérés dans le fournil. « Il y a aussi le poulailler, on peut aller faire un tour et on aura du poulet ». Là ils trouvent 10 poules et un coq, ils s’emparent des poules et laisse le coq seul après lui avoir mis un ruban autour du cou sur lequel ils inscrivent : « Veuf depuis minuit ». Ainsi toute la bande peut s’offrir un merveilleux repas. »

Depuis 2011 Eugène a quitté, à regret, la Pointe Saint-Mathieu pour retrouver sa terre d’enfance, Porspoder, et se rapprocher de ses sœurs. Il y coule des jours heureux dans un appartement avec toujours la mémoire aussi vive et la même joie de vivre. Il vient de s’inscrire pour les tréteaux chantants de Milizac.

Enfin, pour clore ce voyage dans le temps et parce que l’on ne sait pas très bien où l’on va si l’on ne sait pas d’où l’on vient, Eugène nous dit que son grand-père paternel, Claude Lunven, est originaire du Neuguer en Milizac et que ses ancêtres sont venus d’Irlande, passant par le Morbihan avant d’arriver à Milizac puis Porspoder … à l’inverse d’un certain Gonvelen qui après avoir fondé son « Plou » de « Gonvelen » à l’extrême pointe à l’oust, va vers la « Mor bihan » fonder un autre « Plou » Goumelen … mais ceci est une autre histoire …

Eugène n’a pas vécu dans l’opulence mais quel parcours et quelle richesse dans son relationnel tant avec la nature qu’avec les gens et quel sens de l’accueil dans la simplicité. Malgré une vie difficile, sa recette pour être en si bonne forme à bientôt 94 ans ne serait-elle pas à rechercher dans son goût de l’humour et sa joie de vivre ?

Plougonvelin, le 9 avril 2016
Marie-Louise Quellec-Cloitre
Rémy Le Martret

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