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Marie-Ange Lannuzel née Coatanéa

L’une des deux femmes élues municipales au lendemain de la loi sur le vote des femmes …

Marie-Ange naît le 21 décembre 1913 à Vinigoz, seule fille de François Coatanéa et de Herveline Hall, mariés le 5 janvier 1913. François, militaire de carrière (sous-lieutenant) meurt lors de la bataille de la Marne en 1915. Il est enterré à Saint-Thomas-en-Argonne dans la tombe N° 650.
Sa mère, Herveline, se remarie 7 ans après avec François Lannuzel, agriculteur ; ils ont trois enfants dont des jumeaux : François et Thérèse et Yvonne.

Marie-Ange va à l’école du Sacré-Cœur de Plougonvelin à l’âge de 7 ans. Elle fait 3 kms 500 à pied, matin et soir, par tous les temps, vêtue d’une blouse sombre en général, chaussée de sabots. En cas de mauvais temps, pas question de manquer l’école, elle prend un parapluie qui, assez souvent, se retourne avec le vent et se casse, ce qui amène le courroux des parents lorsqu’elle rentre le soir. L’école commence à 8 heures (heure du soleil) tous les jours sauf le jeudi et le dimanche bien sûr. Le samedi après-midi elle apprend la couture et le tricot.

Le midi, elle mange, ainsi qu’une trentaine d’autres enfants, au bar-restaurant Pellen. Tous les jours le menu est le même : de la soupe et un morceau de pain. Elle envoie, de la maison, le beurre pour mettre sur le pain enveloppé dans un morceau de papier sulfurisé. Comme ils en ont assez de la soupe, il arrive aux élèves de régaler les canards de Marceline dans la cour et ceux-ci connaissent bien l’heure. L’école se termine à 16 heures. En 1940, une cantine scolaire ouvre ses portes, au sein de l’école, à quelques soixante élèves du Sacré-Cœur et à une trentaine de garçons de l’école communale.

Marie-Ange se souvient bien de ses institutrices : mademoiselle Francine et mademoiselle Henriette. Cette dernière, toute de noir vêtue, est religieuse mais loi de séparation de l’église et de l’état de 1905 oblige : elle doit enseigner en civil. Elle ne revêtira sa tenue de religieuse qu’en 1950. Au printemps et en été, il y a étude le soir après la classe, pendant une heure, afin d’apprendre les leçons et faire les devoirs, pour ceux qui le désirent.
Il existe également un pensionnat à l’école du Sacré-Cœur, fréquenté par une vingtaine d’enfants.
La mixité n’étant pas de mise à l’époque, les garçons vont, en majorité à l’école publique et, pour certains autres, en pension à l’extérieur de la commune.
Les vacances ne sont pas celles d’aujourd’hui : à la Toussaint, trois ou quatre jours, à Noël : 8 jours, à Pâques : 8 jours et les vacances d’été débutent le 14 juillet pour se terminer le 15 septembre. Les enfants n’ont pas ou peu de jouets à part ceux qu’ils inventent ou organisent eux-mêmes : tel le jeu de coquillages, qu’ils doivent d’abord ramasser dans les grèves ou sur les plages, puis ils tracent des ronds sur la cour avec de la craie, ensuite, chacun exerce son adresse pour les mettre dans le cercle. Les parents n’achètent pas non plus de livres mais ils peuvent en emprunter à l’école et, parfois, une revue que chacun attend avec impatience.

A 12 ans et demi, Marie-Ange doit arrêter sa scolarité pour aider au travail de la ferme, ce qu’elle regrette mais la plupart des filles cessent leurs études avant 14 ans, âge auquel elles doivent normalement passer leur certificat d’études.
Dès son adolescence, Marie-Ange participe au dur labeur de la ferme. Levée dès 6 heures, elle commence par aider à la traite des vaches, puis c’est l’écrémage du lait, la préparation du petit déjeuner, pris vers 7 heures. Le reste de la journée elle est également très occupée entre les travaux d’intérieur : préparation des repas, vaisselle, ménage, lessives qui, à une certaine époque, se fait au lavoir, courses et les nombreux travaux de la ferme : sortir des bêtes, le fumier, remettre de la paille fraîche pour la litière, nourrir les porcs, s’occuper de la basse-cour et faire du jardinage. Il faut aussi puiser l’eau dans le puits pour l’usage familial mais aussi pour abreuver les animaux. Après l’écrémage du lait, la crème fraîche, conservée dans une jatte, est descendue dans l’eau du puits, pour la maintenir au frais. Puis, une fois par semaine, elle est versée dans une baratte dont il faut tourner la manivelle de longues minutes avant que la crème ne se transforme en beurre. Celui-ci est ensuite travaillé et moulé et c’est encore le travail des femmes d’aller le vendre sur le marché de Saint-Renan où Marie-Ange s’est rendue plus d’une fois.

Une ou deux fois par an, un cochon, engraissé à la ferme, est tué et transformé sur place pour la consommation familiale. Si ce sont les hommes qui ont la charge de tuer et de dépecer la carcasse, le travail de transformation est du rôle des femmes. La première tâche consiste à enduire chaque morceau de lard avec du gros sel et du salpêtre, qui lui donnera sa belle couleur rosée, et à le déposer par couches successives dans un charnier. Puis, le sang, recueilli lors de l’abattage, sert à la fabrication du boudin et certains morceaux de lard sont transformés en pâté. Quant aux boyaux, après avoir été lavés et bien rincés dans un cours d’eau proche de la ferme, ils servent d’enveloppes à la confection des andouilles qui seront fumées pendant plusieurs mois dans la grande cheminée. Le feu est régulièrement allumé dans celle-ci car c’est là qu’est posé le « podad », grand chaudron où se fait la cuisson des pommes de terre et des betteraves pour la nourriture du bétail. Marie-Ange dit que, lors de ces différentes opérations, les journées sont souvent longues et dures pour les femmes.

Malgré sa pénibilité, elle aime le travail de la ferme et n’hésite pas à prendre pour époux un agriculteur.
Marie-Ange se marie le 28 juin 1938 avec Claude LANNUZEL.

Le 26 avril 1939, leur premier fils, René, voit le jour. Ils exploitent la ferme de Vinigoz, sept hectares en location, (la ferme appartient à madame Laurence Le Coz de Ty-Fourn).

Hélas, l’histoire se renouvelle, en septembre de cette année c’est la déclaration de la guerre 1939/45. Comme sa mère, 25 ans plus tôt, elle voit son mari rejoindre le front, le 1er septembre 1939, la laissant seule avec son fils de 4 mois. Claude ne reviendra que plus de 5 ans et demi après, le 30 mai 1945.

Sa vie de jeune mariée ne diffère pas beaucoup de sa vie d’adolescente si ce n’est des responsabilités accrues, surtout pendant les cinq années de captivité de Claude où elle doit mener seule, avec ses parents, la ferme et en plus subir les contraintes de l’occupant : travaux, réquisitions diverses et risques quotidiens encourus. En effet, plus de 200 allemands sont cantonnés à Vinigoz et ont établi leur cuisine dans une grange de la ferme. De plus, celle-ci est située sur la trajectoire des échanges de tirs entre la batterie allemande de Keringar et les Américains. A partir du 20 août 1944, avec l’avancée des Américains et l’approche de la Libération, les combats et les tirs deviennent de plus en plus fréquents et violents. C’est ainsi que le 24 août 1944, un obus tombe sur la maison tuant un enfant de 18 mois, blessant grièvement son frère un bébé de 6 mois et plus légèrement leur tante. Ces blessés font partie de la famille de cousins à Marie-Ange qu’elle a généreusement accepté d’héberger alors qu’ils viennent d’être chassés de leur ferme par les Allemands.
« Heureusement, le 8 septembre nous sommes libérés. Avant de se rendre, les Allemands font éclater toutes leurs munitions qui sont stockées chez Thomas, la ferme voisine. Cela fait un bruit assourdissant, épouvantable qui nous impressionne beaucoup et, même si nous savons que la guerre est finie, nous avons encore très peur  », nous dit-elle.

Le 30 mai 1945, à 23 heures, Claude, son mari, rejoint Plougonvelin. « Le matin de ce jour, je reçois un télégramme de Saint-Mathieu me prévenant qu’il rentre. Ces retrouvailles sont pour nous un bonheur immense : nous ne nous sommes pas vus depuis Noël 1939 où il a eu trois jours de permission et où il me dit qu’il reviendra sans doute à Pâques. Cinq ans et demi se sont écoulés depuis et le bébé de quatre mois qu’il a laissé en partant au front a maintenant six ans. Il faut réapprendre à vivre ensemble et après une telle séparation tout est à reconstruire. Je me souviens de la réflexion de notre fils René quelques jours après le retour de son père : « mais, il va rester là tout le temps celui-là maintenant ». Les premiers temps, il suit toujours son grand-père mais jamais son père. Puis, petit à petit, ils s’apprivoisent et les liens se renouent », évoque encore Marie-Ange.

Avec le retour de Claude et la fin de la guerre la vie reprend à la ferme mais que de dégâts à réparer, de cheptel à remplacer, etc. Marie-Ange continue à aider son mari aussi bien autour des bêtes que dans les champs lors des gros travaux tels la moisson, la récolte des betteraves, la conduite des chevaux pour les labours. Au mois d’avril chaque année, elle participe aussi à la récolte du goémon au Trez-Hir, les algues servant à l’amendement des terres.

Dans les années qui suivent, Claude et Marie-Ange ont la joie d’accueillir trois autres enfants au sein de leur foyer : Marie-Josée, Jean-Claude et François, onze petits-enfants et 16 arrière-petits-enfants, au moment où elle nous livre son témoignage.
Les charges de Marie-Ange s’alourdissent donc avec l’agrandissement de la famille.
Commencée dès l’aube par les travaux de la ferme, sa journée se poursuit, dès le petit-déjeuner, par la préparation des enfants pour l’école et c’est à pied qu’ils parcourent les trois kilomètres 500 et pas question d’être en retard. Dès le départ des enfants, le ménage doit être vite fait car avec le travail autour des bêtes en plus, l’heure de la préparation des repas arrive très vite. Au plus tard à midi, les hommes rentrent des champs et le repas doit être prêt, heureusement les enfants mangent à la cantine. L’après-midi, la vaisselle terminée et la maison rangée, elle se rend au potager et au verger soit pour semer, planter, sarcler ou cueillir les légumes et les fruits. Après un passage à la basse-cour pour ramasser les œufs, nourrir poules et lapins, il est temps de préparer le goûter pour les travailleurs comme pour les écoliers. Vers 17 heures, après avoir discuté avec les enfants de leur journée d’école et s’être assurée que chacun s’est mis au travail, elle peut, de nouveau, s’activer autour de la ferme mais en étant toujours vigilante auprès de ses enfants. Il faut savoir que, chez les agriculteurs, l’éducation incombe principalement à la mère de famille. Beaucoup d’enfants de la campagne vont à l’école sans connaître le français, surtout les aînés, les parents parlant uniquement le breton dans la plupart des fermes. C’est le cas de René le fils aîné de Marie-Ange. Vu les difficultés qu’il a ensuite à apprendre le français, elle décide qu’elle parlera, désormais, en français à ses autres enfants, dès leur plus jeune âge. Ceci est d’autant plus important qu’à une époque le breton est interdit à l’école mais pas à Plougonvelin. Le repas du soir se prend en famille vers 19 heures. Avant le coucher des enfants, Marie-Ange vérifie que les devoirs sont bien faits et fait réciter les leçons.

Dans son enfance, Marie-Ange ne connaît pas de repas diversifiés. Le menu est toujours le même : pommes de terre au lard à midi et le fameux « Kig ha fars » le soir. Mais le vendredi, abstinence oblige, pas question de viande ni de poisson, à l’époque, alors on se contente de bouillie d’avoine avec un bol de lait ribot ou des « poulouds » qui sont des boules de pâte de farine de froment mélangées avec du lait et que l’on fait cuire dans du bouillon.

En effet, le poids de la religion est très important au siècle dernier, surtout dans la première moitié. Au quotidien, pas question de prendre un repas sans le « Bénédicité  », on signe le pain avant de le commencer, de même quand on passe devant une croix. Le soir, toute la famille s’agenouille pour la prière, suivie de la lecture d’un passage de la vie des saints « Buhez ar Zent  », qui se lit en breton. Le dimanche non seulement on a l’obligation d’assister à la messe mais également aux vêpres, l’après-midi. L’année est rythmée par les grandes fêtes bien sûr mais aussi certains rites tels le mois de Marie en mai, les Rogations avant l’ascension et le mois du Rosaire en octobre. Le baptême est administré le jour de la naissance ou au plus tard le lendemain. Les cérémonies de la communion solennelle et de la confirmation sont aussi occasions de belles fêtes familiales.
La célébration des mariages donnent lieu à de grandes réjouissances qui peuvent durer une huitaine de jours et le nombre d’invités est toujours conséquent : entre 200 et 400 personnes. Pour les obsèques le corps du défunt est transporté de son domicile au parvis de l’église sur une voiture mortuaire à laquelle est attelé un cheval et tout le monde suit en procession.

La maison familiale abrite en général trois générations, les grands-parents, les parents et les enfants. Dans la première moitié du siècle, selon l’importance de la famille et de la maison, il arrive souvent que tout le monde dorme dans la grande pièce qui sert aussi de cuisine. Tout autour de cette pièce sont disposés des lits clos devant lesquels sont posés des coffres qui servent de rangement mais aussi de marchepieds. On s’éclaire avec des lampes à pétrole et des bougies. La fée électricité ne fait son apparition à Vinigoz qu’en 1964. Dans la famille, on se soigne d’abord avec des tisanes à base de plantes et des grogs pour les rhumes, les médecins et les médicaments n’intervenant que dans les cas graves. Les accouchements ont lieu à la maison.

L’habillement, surtout celui des femmes, a beaucoup évolué durant le siècle passant de la robe longue, noire avec châle et coiffe à la robe plus courte aux couleurs plus claires.

La coiffure a consisté pendant très longtemps en un chignon de différentes formes et on ne se rendait jamais chez la coiffeuse ou le coiffeur. Marie-Ange ne s’est fait couper et friser les cheveux que pour le mariage de sa petite fille Brigitte en 1999.

Malgré cette vie déjà bien remplie, elle n’hésite pas à s’engager pour la collectivité. En 1945, Marie-Ange est l’une des deux premières femmes élues conseillères municipales à Plougonvelin sous la mandature de Jean-Marie Lescop qui les a sollicitées. Joséphine Gillet du Vaéré l’accompagne. Elles sont donc deux femmes au conseil au moment où les femmes viennent d’obtenir le droit de vote. Elles sont d’emblée admises par les hommes.

Elles siègent deux années au Conseil avant de se retirer. Marie-Ange veut se consacrer davantage à l’éducation de ses enfants René, Jean-Claude, Marie-Josée et plus tard François.

Marie-Ange et Claude exploitent la ferme de Vinigoz jusqu’en 1976. Leur fils Jean-Claude prend la suite à cette date. Au mariage de celui-ci, en avril 1980, les époux se retirent au bourg au 6, rue Saint-Mathieu. Son mari continue à aller aider à la ferme pendant de longues années, se rendant à Vinigoz en vélo. Marie-Ange aussi va à la ferme mais occasionnellement pour aider, lors de grandes journées ou en cas d’absence de sa belle-fille.
Dès 1982, et ce jusqu’à quelques mois avant son départ, elle intègre le club des Aînés. Pour elle ce rendez-vous du jeudi est sacré et elle participe aussi bien aux jeux tels que dominos mais elle sait aussi tricoter des couvertures pour des œuvres caritatives. La marche quotidienne et l’entretien de l’église complètent ses journées. En 1988 Claude et elle fêtent leurs noces d’or

(photo des noces d’or) et en 1998 leurs noces de diamant. Malheureusement son époux la laisse seule le 11 juin 2000.

En femme courageuse et dévouée, elle poursuit ses activités tant que ses forces le lui permettent. Ensuite, son plus grand plaisir est d’accueillir ses enfants, petits-enfants, ses nombreux arrière-petits-enfants, ses voisins et amis. Sa maison reste ouverte jusqu’à la fin.

Le 10 novembre 2011, Plougonvelin perd celle qui a été sa doyenne durant quelques années.

Marie-Ange en 2011 dans son salon au moment de l’interview

Marie-Ange a parcouru le siècle en ayant connu le tramway, deux guerres, en observant aussi, comme elle le dit, la transformation de sa commune passant d’une commune essentiellement rurale à une commune touristique. Elle a marqué son entourage par son courage, sa lucidité, son humeur égale, sa discrétion, son sourire, sa disponibilité et son dévouement. La vie ne lui a pas épargné les souffrances, les difficultés, les malheurs mais lui a apporté la richesse de ses nombreux contacts et le bonheur de l’accueil et de l’aide à autrui … elle a marqué sa commune !

Propos recueillis par Marie-Louise Cloître et Françoise Paisley

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