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L’Ecole des Pupilles de la Marine

Dans les derniers mois de sa vie Jacques RONGIER, co-fondateur de l’association PHASE, préparait, pour "Les Echos de Plougonvelin" un article sur l’Ecole des Pupilles qui fonctionna dans les baraquements de Bertheaume de 1945 à 1950.
Sa fille Marie-France nous a fait parvenir son dossier et Robert LE GUEN s’est chargé d’en assurer la mise en forme.
Jacques RONGIER, jeune Officier Marinier engagé dans la Marine en 1938, est affecté en 1947 à l’Ecole des Pupilles de Bertheaume, très rapidement il s’investit dans l’animation du foyer des Elèves et c’est donc tout naturellement qu’il postule avec succès à l’entrée dans le "Corps des Foyers" de la Marine qu’il intègre en 1949 ; il y fera une brillante carrière jusqu’à sa retraite en 1981.


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L’Ecole des Pupilles est créée à Brest le 15 novembre 1862 par décret impérial de NAPOLEON III signé du Ministre de la Marine CHASSELOUP-LAUBAT ; elle s’installe dans le corps principal et dans l’aile Nord de l’ancien séminaire des jésuites qui deviendra plus tard la caserne GUEPIN.
Y étaient alors admis les fils de quartiers maîtres ou de matelots de la Flotte orphelins de père et de mère, dès l’âge de sept ans, à neuf ans s’ils ont perdu ou leur père ou leur mère, ainsi que les fils des ouvriers des arsenaux orphelins de père et de mère.
Cette initiative fut accueillie partout avec la plus grande faveur, le poète brestois Pierre DERRIEN adressant un poème de gratitude au Préfet Maritime de Brest aussitôt transmis au Ministre de la Marine. On y lit entre autres :

Béni soit l’Empereur dont la sollicitude S’étend avec amour, avec mansuétude Sur les enfants chéris des braves matelots Qui, poussés par la Gloire et l’Honneur de la France S’en vont sur l’Océan jouer leur existence Contre les aquilons et la fureur des flots !

Les premières mises de fond sont assurées par des dons particuliers et par la Caisse des Invalides ; en 1868 la Marine décide d’inscrire au budget les crédits nécessaires à son fonctionnement.
Le séjour à l’Ecole s’étale jusqu’à la treizième année. La formation se poursuit alors à l’Ecole des Mousses, ou dans la vie civile pour ceux qui rejoignent leur famille.
En 1865, L’école compte 250 jeunes garçons placés sous la direction des Frères des Ecoles Chrétiennes. Ces enseignants sont remplacés par des Officiers Mariniers et des instituteurs de la Flotte retraités.
En 1882 l’école est transférée à "La Villeneuve", à quatre kilomètres de Brest, dans les bâtiments de l’ancienne fonderie de la marine qui dispose d’un étang artificiel. Un premier dortoir est mis à la disposition des élèves, tandis que dans la cour une maquette de navire grandeur nature permet d’enseigner aux pupilles les rudiments de la vie maritime.

En 1884 le Ministre donne aux Pupilles une orientation humanitaire. Il n’est plus question de les diriger obligatoirement vers la Marine. On s’efforce de leur donner une éducation leur permettant d’assurer leur éventuel avenir dans la vie civile. Les métiers du bois et du fer sont inculqués par des instructeurs techniques retraités de la Marine et des Arsenaux.

«Des milliers d'orphelins y reçoivent une éducation conduite paternellement avec pourtant une certaine rudesse qui n'exclut pas la bienveillance, voire l'affection, mais qui est nécessaire à ceux qui devront affronter le plus rigoureux de tous les métiers" (journal l'illustration mars 1913).»

Est-ce la "certaine rudesse" qui motiva leur mutinerie en 1907 ?

«.........Ils ont conspué leurs chefs, entonné des chants révolutionnaires et tatoué sur leur poitrine et leurs bras des inscriptions anti-militaristes........ raconte " Le Moniteur de la Flotte du 22 juin 1907. »

Dans l’Histoire on ne relèvera pas d’autre incident aussi grave. Les Pupilles étant plutôt fiers de leur institution et de leur uniforme - celui de matelot, différent seulement par les couleurs bleu et rouge du pompon et la pèlerine portée à la place du caban - très fiers de leurs exploits dans le domaine du sport, fiers aussi de leur musique composée surtout de fifres et de tambours précédée d’une canne major voltigeuse, depuis toujours, portée par un élève talentueux en jonglerie. Ainsi en 1948, à l’occasion de la prise d’armes du 14 juillet, le public avait tellement ovationné le "canne major" que le Préfet Maritime se crut obligé de l’inviter à déjeuner à l’Amirauté.

En 1923 le rôle humanitaire disparaît, l’Ecole devient complètement militaire. On institue une admission provisoire pour les candidats dépourvus du certificat d’études. Après trois mois, ils peuvent poursuivre l’enseignement à l’issue d’un examen.
En 1934 les cours de préparation à l’Ecole de Maistrance sont supprimés et la mission de l’établissement de la Villeneuve consiste à entraîner vers la Marine les garçons sortant de l’école primaire.
En 1939 c’est la guerre contre l’Allemagne et en 1940 la défaite. La France est alors divisée en zone occupée et en zone libre.
En 1941 l’autorité allemande autorise le déplacement de l’Ecole à Toulon, elle s’installe à Saint-Mandrier et fonctionne dans des conditions acceptables à bord du cuirassé l’Océan avec la reprise des cours à l’Ecole de Maistrance.
En 1942 les forces allemandes envahissent la zone libre et investissent le port de Toulon, la Flotte de Guerre française se saborde ; les jeunes pupilles sont transférés en catastrophe à Cahors, "chez l’habitant", la caserne Bessières devant les accueillir étant occupée par des soldats allemands pas du tout pressés de la céder à de jeunes faux militaires. Enfin installés les Pupilles reprennent le cours normal de leurs études.
En 1945, après la victoire des alliés, le pays se reconstitue ; l’école va retrouver sa Bretagne originelle, mais à Bertheaume en Plougonvelin, où depuis le mois d’octobre 1944 des travaux sont engagés par la marine pour la recevoir.

C’est l’Ingénieur Mécanicien Le Guen, dont la famille est réfugiée à Plougonvelin, qui, après ses actions aux F.F.I. du Huelgoat, reçoit mission de les diriger. En 1945 les Pupilles peuvent s’installer...

En 1945 les Pupilles pouvaient s’installer.

Octobre 1944 : les moyens dont dispose la Marine sont bien réduits comme en attestent les deux documents suivants.

« Je soussigné Le Guen, Ingénieur mécanicien de 2ème classe Cdt de l’Ecole des Pupilles à Plougonvelin, déclare avoir reçu de la mairie de Plougonvelin, trois couvertures de l’ex troupe d’occupation. P.O. Ingénieur mécanicien 2ème classe, Cdt Adj. De l’Ecole des Pupilles, Le Smtre de manoeuvre Tanguy »

« Je soussigné, Le Guen Edmond, Ingénieur mécanicien de 2ème classe, chargé de la mise en état de l’Ecole des Pupilles de la marine à Bertheaume déclare avoir pris en charge un cheval de selle de provenance allemande pour les besoins de la marine nationale. Plougonvelin le 25 octobre 1944. Le Guen. »

De 1945 à 1950, dans les casernements militaires de Bertheaume, augmentés pour les besoins de plusieurs baraques : salles de classe, bibliothèque-chapelle, réfectoire etc.... l’Ecole des Pupilles de la Marine poursuivit sa manière de vivre, encourageant l’acquisition des connaissances de l’enseignement secondaire dispensées par des professeurs de l’Education Nationale, celles, militaires et maritimes, conduites par des marins de tous grades et affichant son emblème : une tête de coq manifestant sa superbe, avec sa devise

Des prélèvements dans l’oeuvre de Jean ROSTAND "Chantecler" étaient régulièrement publiés dans le journal de l’Ecole titré bien sûr "Cocorico". Ainsi au mois de janvier 1948 on pouvait lire :

J’ai tellement la Foi que mon Cocorico
Fera crouler la nuit
Que mon chant jaillit net, fier, péremptoire
Que l’horizon, saisi d’un rose tremblement,
M’obéit ! ......

Les élèves admis à Bertheaume ne sont plus les gamins des origines porteurs, lors des exercices en armes, d’inoffensifs fusils en bois adaptés à leur taille. Ce sont des adolescents titulaires du certificat d’études primaires, âgés de 14 à 15 ans, priorité étant donnée aux "Pupilles de la Nation", provenant donc, pour la plupart, de l’enseignement secondaire. Ils sont habillés en "marine" avec le bonnet à pompon rouge.
Leur régime est celui de l’internat, vacances à Noël, Pâques et mois d’août. lls ne sortent de leur casernement que le dimanche après-midi, été comme hiver, par groupes d’une trentaine "en rang par quatre" avec leurs gradés, sauf les jours de grande pluie auquel cas une séance de cinéma remplace (avantageusement) la promenade (pas très appréciée).

Pour aller à la Pointe Saint-Mathieu, à Trébabu ou au Trez-Hir, ils traversent le bourg donnant l’occasion aux Plougonvelinois de les voir "en nombre". Un petit groupe participe quelquefois aux commémorations patriotiques de la commune et au monument aux marins morts pour la France à la Pointe Saint-Mathieu. En fait, les élèves vivent à l’écart de la population.

La plupart des cadres, au contraire, professeurs ou militaires, résident dans la commune. Au total les cinq cents personnes de l’institution apportent une part non négligeable à l’économie locale.
La vie à l’Ecole est partagée entre la classe, l’initiation maritime, le sport et les temps de loisirs. L’emploi du temps coordonne les diverses activités depuis le footing matinal jusqu’aux dernières notes de l’extinction des "feux".....

La mer toute proche rappelle à chacun le sens de son travail.....et les innombrables carrières réussies d’anciens Pupilles témoignent de l’ardeur qu’ils mettaient à les préparer.
Pendant les années de leur séjour à Bertheaume, il y eut de "grandes heures" et aussi bien sûr des "petites", celles causées par l’éloignement des êtres chers, celles de conflits inhérents à la vie en communauté hiérarchisée, on essaye de les cacher. Ne parlons que des grandes.

A Paris !

La plus marquante, semble-t-il, fut le déplacement à Paris de la musique et de la chorale (une centaine d’élèves) lors de la semaine de la Marine en 1947......de vraies vedettes !
Ayant quitté le vallon du Perzel, ses ajoncs, ses sentiers que l’aubépine embaume aux premiers souffles du printemps, ils se trouvèrent, soit défilant sur les quais de la Seine, soit en production à Radio France, au Moulin de la galette et autres hauts lieux de la capitale......le succès !
Le retour à Bertheaume fut rude malgré les suaves senteurs du vallon, aussi le vent venant de l’Iroise, .... du large ....., les invita à reprendre sans regrets leur vraie aventure.

Chasse au trésor !

Quelques documents anciens, découverts par hasard, donnaient à penser que l’Impératrice EUGENIE, épouse de NAPOLEON III, avait doté la chapelle de l’Ecole d’ornements sacerdotaux et d’objets cultuels. Toutes les pistes pour les retrouver furent suivies avec ténacité. Aussi, au bout de quelques mois, calices, ostensoirs, chapes, chasubles, bannières, etc. .... tous riches d’ors et de pierreries, dûment marqués "Don de l’Impératrice EUGENIE", retrouvaient leur usage dans la chapelle.
La confirmation des élèves donnée en 1950 par l’Evêque de Quimper et de Léon donna l’occasion de les mettre en valeur - l’activité religieuse, catholique et protestante, s’exerçait sur demande des parents -.
Aujourd’hui on peut voir bannières et chasubles placées sous vitrine de protection dans la chapelle du Centre d’Instruction Navale de Brest.

Poste de garde

Le terrain de sport (dont le terrain de football souvent utilisé par l’Etoile Saint-Guenal devenue par la suite Union Sportive Plougonvelinoise), les garages, le charpentage, la cordonnerie, occupaient la colline dominant l’Ecole vers l’Ouest.
A tour de rôle, un élève en assurait la garde de nuit sauf pendant la période hivernale, après que soit apposé sur les panneaux d’affichages le texte suivant :

Exercice : Le Sd Mtre Le Gall ne veut "voir qu’une seule tête".
A partir du....... la garde de nuit de la partie de l’Ecole dite "terrain de sport" ne sera plus assurée par un élève, mais par le chien Sabot. Signé LE CHAT......(c’était le nom du signataire ! )

En 1950 Bertheaume ferme ses portes au profit du Dourdy en Loctudy, la municipalité de Plougonvelin ressentira mal ce départ.
De 1950 à1958 l’Ecole des Pupilles poursuit son activité au DOURDY mais, d’une part le recrutement des pupilles dû à la guerre se tarit et d’autre part il y a concurrence avec l’Ecole des Mousses dont le recrutement s’adresse de plus en plus au même créneau d’âge et de niveau scolaire. Il y a double emploi.
Prévue pour rejoindre ses anciens locaux de la Villeneuve, à BREST, l’Ecole ne déménagera pas.
En 1958, l’Ecole des Pupilles cesse définitivement son activité après 96 années d’existence.

Plus d’informations sur le site officiel de l’Amicale des Pupilles Mousses

Confié à PHASE par Jacques Rongier ( 2006), mise en forme Robert Le Guen et Yvon Allain.

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