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Marie-Ange Lannuzel

Le 10 novembre dernier, notre doyenne Marie-Ange Lannuzel nous a quitté. Courant février, Françoise et moi-même avons eu le bonheur de la rencontrer quatre fois dans le cadre des quêteurs de mémoire pour notre association PHASE.

Marie-Ange Lannuzel

Avec beaucoup de modestie et de plaisir, elle nous raconte sa vie et sa traversée du siècle. Ce ne fut pas une traversée de long fleuve tranquille. En effet, dès ses deux ans elle a à souffrir de la séparation et de la disparition de son père décédé lors de la bataille de la Marne en 1915. Sa mère se remarie et elle a un frère et une sœur.
A 7 ans elle rentre à l’école du Sacré-Cœur et parcourt matin et soir, à pied et par tous les temps les 3 kms 500 qui sépare son domicile du Bourg. Tous les jours, le repas frugal, composé de soupe et d’un morceau de pain, est pris au bar-restaurant Pellen. La cantine scolaire ne s’ouvre qu’en 1940. Elle se souvient bien de ses institutrices dont Melle Henriette, une religieuse toute de noir vêtue. La loi de séparation de l’église et de l’état l’obligeant à enseigner en civil, elle ne revêtira sa tenue de religieuse qu’en 1950. La mixité n’existe pas et les garçons vont à l’école publique ou pour certains, en pension. A 12 ans et demi, à son grand regret, elle doit arrêter sa scolarité pour aider à la ferme. Parfois, les filles vont à l’ouvroir, devenu cours ménager par la suite. Là, elles apprennent la couture, la cuisine, et un peu de gestion. Puis retour à la ferme où elles restent jusqu’à leur mariage. Le travail prime toujours sur les loisirs et les distractions se font rares. La mer est toute proche mais les jeunes de la campagne ne profitent pas de la plage. Ils n’ont l’autorisation de sorties qu’à partir de l’âge de 15, 16 ans, surtout les filles qui sont plus tenues que les garçons. Les moments privilégiés pour les rencontres entre jeunes sont les veillées, les fêtes paroissiales, pardons et les mariages.

Celui de Marie-Ange avec Claude Lannuzel est célébré le 28 juin 1938. Leur premier fils René naît le 26 avril 1939. Mais le bonheur est de courte durée. Le 1er septembre 1939, comme sa mère 25 ans plus tôt, elle voit son mari rejoindre le front. Il ne reviendra que le 30 mai 1945 après cinq ans de captivité en Allemagne. A son retour, le bébé de quatre mois qu’il a laissé est devenu un petit garçon de six qui, bien sûr ne reconnaît pas son père : il a fallu apprendre à revivre ensemble et petit à petit les liens se sont renoués.

Marie-Ange nous raconte : « Pendant que Claude souffre en Allemagne, avec les parents, nous tentons de mener la ferme de Vinigoz , malgré la présence des Allemands. Pour nous aussi la vie est dure, surtout à partir du 20 août 1944, lorsque les Américains avancent de plus en plus vers Plougonvelin. 200 Allemands sont repliés à Vinigoz et font leur cuisine chez nous. Tout autour de nous les obus tombent, les mines explosent, tuant et blessant personnes et bêtes, les tas de foin et de paille sont la proie des flammes. Il faut aussi parler des contraintes matérielles et financières imposées par le biais des réquisitions. »

Malgré cela, la famille a su accueillir des cousins chassés de chez eux par l’ennemi et là encore le drame continue : un obus tombe sur la maison tuant le fils des cousins et blessant grièvement un autre ainsi que sa tante.
Avec la libération et le retour de Claude, la vie reprend son cours à la ferme. Pour Marie-Ange les journées sont bien remplies entre sa vie familiale avec ses quatre enfants et sa vie d’agricultrice. La journée de travail commence vers 6 heures avec la traite des vaches, l’écrémage du lait, la préparation du petit-déjeuner et il ne faut pas trop tarder car les enfants doivent être à l’heure à l’école. Puis il faut nourrir les bêtes, sortir les vaches, refaire la litière, laver soigneusement l’écrémeuse et une fois par semaine baratter la crème pour obtenir le beurre qu’il faudra ensuite aller vendre au marché. Vers 11 h 30 les hommes rentrent des champs et le repas doit être prêt. Il ne faut pas oublier que toute la première moitié du siècle, l’eau doit être puisée au puits, l’eau courante n’est arrivée à Vinigoz en 1964. La machine à laver n’a pas encore fait son apparition et la lessive se fait au lavoir par tous les temps et le linge propre, mouillé et donc très lourd est ramené à la maison sur une brouette. L’entretien des jardins potager et de fleurs est aussi du ressort des femmes. Vers 16 heures arrive l’heure du goûter pour les hommes et aussi pour les enfants qui reviennent de l’école. Ensuite, elle s’assure que les enfants se sont mis à leur travail scolaire l’éducation incombe principalement à la mère de famille. Puis c’est le rituel : soins aux bêtes, traite etc… La journée se termine après le repas du soir qui se prend vers 19 heures en hiver et 20h ou 21 h en été. Une ou deux fois l’an un cochon engraissé à la ferme est tué par les hommes. Aux femmes viennent ensuite les tâches de saler le lard, le mettre en charnier, la fabrication du pâté et du boudin, et des andouilles. Tous les ans, au mois d’avril, Marie-Ange va aider à la récolte du goémon au Trez-Hir, les algues étant un précieux amendement pour les terres

Malgré son emploi du temps très chargé, alors que les femmes viennent d’obtenir le droit de vote elle accepte d’être candidate au conseil municipal et est élue première femme conseillère municipale à Plougonvelin.

La maison familiale abrite en général trois générations, les grands-parents, les parents et les enfants. Dans la première moitié du siècle, selon l’importance de la famille et de la maison, il arrive souvent que tout le monde dorme dans la grande pièce qui sert aussi de cuisine. Tout autour de cette pièce sont disposés des lits clos devant lesquels sont posés des coffres qui servent de rangement mais aussi de marchepieds. On s’éclaire avec des lampes à pétrole et des bougies. La fée électricité ne fait son apparition à Vinigoz qu’en 1964. Dans la famille, on se soigne d’abord avec des tisanes à base de plantes et des grogs pour les rhumes, les médecins et les médicaments n’intervenant que dans les cas graves. Les accouchements ont lieu à la maison. L’habillement, surtout celui des femmes, a beaucoup évolué durant le siècle passant de la robe longue, noire avec châle et coiffe à la robe plus courte aux couleurs plus claires. Marie-Ange a porté la coiffe jusqu’en 1960 époque où, faute de repasseuse, son usage disparaît.

Marie-Ange nous raconte l’importance de la religion dans la vie de l’époque. Au quotidien, pas question de prendre un repas sans le « Bénédicité », on signe le pain avant de le commencer, de même quand on passe devant une croix. Le soir, toute la famille s’agenouille pour la prière suivie de la lecture d’un passage de la vie des saints « Buhez ar Zent », qui se lit en breton. Cette langue est la langue usuelle à la campagne et beaucoup d’enfants ne savent pas le français avant d’aller à l’école Le dimanche non seulement on a l’obligation d’assister à la messe mais également aux Vêpres, l’après-midi. L’année est rythmée par les grandes fêtes bien sûr mais aussi certains rites tels le mois de Marie en mai, les Rogations avant l’ascension et le mois du Rosaire en octobre. Le baptême est administré le jour de la naissance ou au plus tard le lendemain. La célébration des mariages donnent lieu à de grandes réjouissances qui peuvent durer une huitaine de jours et le nombre d’invités est toujours conséquent : entre 200 et 400 personnes. Pour les obsèques le corps du défunt est transporté de son domicile au parvis de l’église sur une voiture mortuaire à laquelle est attelé un cheval et tout le monde suit en procession

Marie-Ange et Claude vont exploiter la ferme de Vinigoz jusqu’en 1976, date à laquelle ils se retirent au 6, rue Saint-Mathieu. Elle continue à aider ponctuellement à la ferme quelque temps. Dès 1982, et ce jusqu’à quelques mois avant son départ, elle intègre le club des Aînés. Pour elle ce rendez-vous du jeudi est sacré et elle participe aussi bien aux jeux tels que dominos mais elle sait aussi tricoter des couvertures pour des œuvres caritatives. La marche quotidienne et l’entretien de l’église complètent ses journées. En 1988 Claude et elle fêtent leurs noces d’or et en 1998 leurs noces de diamant. Son époux la laisse seule en 2000 mais ses quatre enfants, ses onze petits-enfants et ses 16 arrière petits-enfants sont là pour l’entourer. Son plus grand plaisir est d’ailleurs de recevoir sa famille, grands et petits, ainsi que ses amis, ses voisins et anciens voisins. Marie-Ange a traversé le siècle, elle a connu le tramway de Brest au Conquet, et vécu de près les évènements et la transformation de la commune. Elle suivait également de près l’actualité.

Lors de nos visites, son sens de l’accueil, sa disponibilité, son calme, son humour et surtout sa mémoire vive des évènements jusque dans les moindres détails ont fait d’elle un témoin privilégié que les membres de notre association ont toujours eu un vif plaisir à rencontrer.

Pour PHASE, Marie Louise CLOITRE, Françoise PAISLEY

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