1904 : un instituteur à Bertheaume

L’engagement de l’instituteur de Plougonvelin pour les militaires de Bertheaume

En 1904, le Ministère de la Guerre ordonne l’organisation de conférences pour l’éducation morale et civique du soldat.

Charles Abel Lorentz, [1] instituteur à Plougonvelin, se met immédiatement à la disposition des militaires stationnés à Bertheaume et ils sont nombreux à fréquenter les cours du soir et les projections lumineuses proposées par l’école.

Charles Abel Lorentz Photo prise en 1912
ECOLE COMMUNALE
Rue de la Mairie à Plougonvelin

Celles-ci sont commentées et très suivies par les élèves, les adultes et les militaires. Ils y découvrent l’histoire de France, l’histoire naturelle, les peintures d’Henri Rivière, l’architecture, les chefs-d’œuvre de grands musées de France et d’Europe. L’instituteur proposera par exemple une conférence sur le château de Fontainebleau après avoir été lui-même le visiter. Il promet de superbes vues d’appartements qui rappelleront le souvenir des rois qui y ont résidé et surtout de Napoléon Ier qui y abdiqua. Peu de temps après, ce sont des projections lumineuses sur la Touraine et l’Orléanais, provinces qui furent terre d’élection des grands architectes de la Renaissance, dit-il. Il ajoute aussi qu’à la demande générale, de nouvelles vues du palais de Fontainebleau défileront sur l’écran et la séance se terminera par le fameux tableau d’Horace Vernet, la touchante cérémonie des ‘’Adieux de Napoléon à sa garde’’.


Appareil pour les projections lumineuses

Appareil pour les projections lumineuses

En 1904, le fort de Bertheaume est occupé par deux compagnies d’instruction détachées du 2ème régiment d’infanterie coloniale de Brest. De plus, cette année-là, une épidémie de typhoïde sévit à Brest et les contingents militaires sont obligés de quitter les casernes pour qu’elles soient désinfectées.
Un article de la Dépêche de Brest en date du 10 janvier 1904, nous indique que le 18ème bataillon d’artillerie à pied doit évacuer la caserne d’Aboville (caserne située à l’emplacement du couvent des Pères Carmes rue Emile Zola) pour le fort de Bertheaume où il restera jusqu’à nouvel ordre.

Tous ces militaires sont donc très intéressés par les soirées récréatives organisées par l’instituteur Charles Abel Lorentz et les autorités préfèrent les voir occuper par ce genre de distractions plutôt que d’employer leur temps « de moins bonne manière ».

A la fin de l’hiver 1910, il met fin aux projections lumineuses et le capitaine commandant du détachement de Bertheaume le remercie infiniment dans cet article publié dans la Dépêche de Brest.

Extrait de la Dépêche de Brest du vendredi 4 février 1910

Spectacle de lanterne magique

Les projections lumineuses reprendront par la suite d’après plusieurs articles de presse.
Les relations de M. Lorentz avec le fort de Bertheaume sont toujours très fortes. Ainsi, lors des distributions des prix qu’il organise durant l’été, il invite les autorités militaires du détachement.
Il y aura toujours une pièce, un chant qui se rapporte aux militaires. Par exemple, dans cet article de la Dépêche de Brest, on peut lire qu’une pièce patriotique "Le Défilé des soldats" y est déclamée par l’instituteur lui-même. Sa fille, Marthe Lorentz, chante en costume breton pour la romance La "Petite Laitière".

Le 5 août 1910, la Dépêche de Brest écrit ceci dans la rubrique "Plougonvelin" :

« En l’absence du Capitaine de Bollardière empêché, le capitaine Jouannetaud a accepté très grâcieusement de présider la distribution des prix, heureux de témoigner sa sympathie à nos écoles. Son beau discours a été chaleureusement applaudi. La salle de classe, très bien décorée, était insuffisante pour recevoir tous les invités.
"Le fusil scolaire", monologue patriotique dit par l’élève François Mingant a recueilli les bravos de tous. "Les deux Paillasses", grande parade par Paul Estienne et Joseph Méneur, costumés en clowns, a été joué à la perfection. Etienne Mingant a bien chanté "Le choix d’un état". Les gracieuses fillettes méritent tous les éloges pour "Le baptême de la poupée". Mlle Jeanne Barbu, douée d’une voix remarquable, a recueilli les compliments de tous pour son monologue "La note de la blanchisseuse". Sa petite compagne, Marie Autret, a très bien récité "Aurai-je un prix ?".
Les militaires de Bertheaume sont venus prêter leur concours à notre petite fête de famille et nous les en remercions bien cordialement. Le soldat Floch-Lay, le comique du théâtre de Bertheaume a provoqué l’hilarité générale en nous racontant l’histoire du "Mouchoir de Chapuzot".
M. et Mme Lorentz, instituteurs, remercient les personnes qui ont bien voulu honorer de leur présence la distributions des prix et les généreux donateurs qui leur permettent d’offrir de beaux volumes aux élèves les plus méritants. »

Une autre distribution des prix est organisée le 29 juillet 1912 et le journal nous informe :

« Une charmante fête vient d’avoir lieu à l’école communale des garçons à l’occation de la distribution des prix. Après l’audition de la Marseillaise, écoutée debout par tous les assistants, M. le capitaine André a prononcé un charmant discours sur la nécessité de l’instruction. En terminant, il a félicité M. Lorentz, instituteur, qui se dévoue pour instruire et récréer les militaires du détachement de Bertheaume qui assistent aux cours d’adultes et aux séances de projections.

M. Lorentz a répondu en déclarant qu’il était heureux d’être utile aux soldats. « Quand on est fils d’Alsacien , a-t-il dit, quand on est né près de la frontière des Vosges et qu’on a été jeune témoin de la guerre de 1870, on n’oublie pas ces premières impressions, on est patriote et c’est un bonheur de se rapprocher de ceux qui défendent le drapeau. »

La salle entière a applaudi les jeunes interprètes du "Petit Ramoneur", M. Etienne Mingant et Mlle Jeanne Barbu ont chanté des duos pleins de charme… »

Charles Abel Lorentz est aussi toujours prêt à aider les militaires au théâtre de Bertheaume où sont jouées des pièces comme par exemple, celle présentée par les joyeux coloniaux le 2 septembre 1910. Extrait de la Dépêche de Brest du 2 septembre 1910

La Dépêche écrit ce 16 mai 1913 :

« La soirée musicale de mercredi a obtenu le même succès que celle du 12 février. Tous les artistes avaient rivalisé de zèle et de talent pour être agréables aux nombreux auditeurs, parmi lesquels on remarquait M. le lieutenant Andrieu, commandant la compagnie d’instruction.
Après l’audition de "Bouquet de violettes" valse brillante composée par M. Gruninger, M. Lorentz, instituteur, se faisant l’interprête de tous, a vivement félicité l’habile et sympathique compositeur et lui a remis une gerbe de fleurs, aux applaudissements de la salle entière.
M. Hubert a merveilleusement chanté "Le rêve passe" ; sa voix chaude et bien timbrée a fait passer dans l’âme des auditeurs une émotion intense. Le "Noël du petit Alsacien" a été interprété par M. Pilet avec une chaleur patriotique impressionnante et beaucoup de sentiment.
Dimanche 18 mai à 3h30 de l’après-midi, au théâtre de Bertheaume, "La Grande Garde", drame patriotique de Henri Bertin, "La Salle de police" de Georges Courteline.

M. Lorentz fut secrétaire de mairie de 1900 à 1919. Il a participé bien entendu aux cérémonies du 14 juillet comme celle de 1911 au cours duquel, le détachement d’infanterie coloniale de Bertheaume défile dans les rues de Plougonvelin.
Et enfin, sa fille Marthe a continué d’entretenir un lien avec le détachement de Bertheaume, en allant chanter pour les militaires dans le cadre de la chorale de Plougonvelin. C’est ainsi qu’elle a rencontré son futur mari, le sous-lieutentant Eugène Ernest Baclet, affecté au 2ème régiment d’infanterie coloniale à la caserne Fautras à Brest et détaché au fort de Bertheaume.
Ils se marièrent le 22 août 1916 à Plougonvelin.

Pour la petite histoire, le lieutenant Baclet inaugurera avec le maire de Plougonvelin le monument des morts le dimanche 8 mai 1921.


[1] Lire l’article consacré à Charles Lorentz

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