Accueil

Association PHASE

PLougonvelin, Histoire et Avenir, Souvenirs et Écoute

Accueil > Ils ont marqué la commune... > Hamon Raguénès (1902 - 1945)

Hamon Raguénès (1902 - 1945)

Un résistant mort pour la France

Hamon est né le 9 septembre 1902 à Plougonvelin au foyer de René et de Alexandrine Pochard. Il a déjà une sœur aînée, Marie, née en 1900, il aura ensuite une autre sœur Yvonne en 1904 et un petit frère François en 1906. Marie sera la maman de Vonnette Raoul épouse de Roger Sarraustre autrefois bien connus à Plougonvelin et Yvonne épouse Petton, tiendra pendant de longues années, la boucherie au haut du bourg devant l’église.

Hamon épouse Pauline Le Ru le 21 février 1927 à Trébabu. Le repas de noces est servi à Plougonvelin, au restaurant Pellen au « bas du bourg », établissement très fréquenté dans le pays pour sa forge où tous les paysans viennent y faire ferrer leurs chevaux et cercler leurs roues de charrettes.

La famille devant la forge Pellen
La famille devant la forge Pellen

Hamon et son épouse Pauline sont agriculteurs à Kerdivizien, près du Trez-Hir, jusqu’en 1932. Ils ont deux enfants : François, né le 01 novembre 1927 et René, le 14 novembre 1929.
En 1932, à Berhostou au Conquet, Hervé, le frère de Pauline, perd sa femme et reste avec une petite fille de 13 mois : Mimi. Pauline, Hamon et leurs enfants, s’installent alors à Berhostou aider à la ferme et aider à élever la petite fille. Après le remariage de son beau-frère, la famille s’installe à Keruzou-Vihan et à Pen ar Prat en Trébabu chez une sœur de son épouse.Mimi, François et René à Berhostou

En 1934, Hamon entré à l’école de gendarmerie mobile à Brest, est ensuite affecté à Pithiviers.

La famille à Pithiviers

Toute la famille s’y installe jusqu’à sa mutation en 1939 à la caserne de Kervéguen à Brest. Il y restera jusqu’en 1943.

La résistance

Hamon Raguénès fait la connaissance de Sébastien Ségalen son collègue à la brigade de Saint-Pierre-Quilbignon, qui le recrute en septembre 1943 lors de la formation du groupe Gendarmerie D.F..
En 1943, Hamon fait partie de la « Résistance Française » sous le pseudonyme de « PROSPER  ». [1] »

De part son travail, circulant beaucoup en moto dans Brest, Hamon et ses collègues gendarmes surveillent les mouvements du port de Brest, principalement l’avancement des réparations de bateaux allemands. Les renseignements sont transmis secrètement à l’« Intelligence Service » à Londres par la radio d’un opérateur clandestin, qui sera lui aussi arrêté par la Gestapo.

Faisant toujours partie du groupement de gendarmerie de Brest, Hamon est détaché à La Chaussée sur Marne à la surveillance des péniches sur les canaux.

Dénoncé par une personne à qui il aurait fourni des armes, (on ne saura jamais qui !), la police allemande, la « Feldgendarmerie », le retrouve en février 1944, à La Chaussée sur Marne. Il a raconté ensuite qu’il était occupé à réparer son vélo et qu’il ne fit aucune résistance. Il valait mieux se rendre que de risquer d’être tué sur le champ. Un autre gendarme qui était aussi avec lui dans la résistance à Brest fut arrêté à Quimper.

C’est les menottes aux poignets et encadré de deux gendarmes allemands qu’Hamon fait le trajet de retour vers Brest. Arrivé au niveau du « Rody » une petite gare près de Kerhuon, il décide de s’échapper. Il sait qu’il peut trouver de l’aide auprès des groupes de résistants de la région. A la faveur d’une visite aux toilettes, il actionne le signal d’alarme pour faire ralentir le train, afin de pouvoir sauter plus facilement, (n’oublions pas qu’il est menotté ! ». Il saute et peut mettre le pied à terre sans être blessé. Il s’enfuit vers Le Relecq-Kerhuon, plutôt que de rester près de la gare du Rody. L’alerte est vite donnée et des travailleurs allemands de l’organisation « T.O.D.T. » se mettent aussi à sa recherche. Repris, il est sauvagement tabassé avec la crosse d’un fusil, spécialement à la tête. Il n’a pas de fracture du crâne mais de graves blessures. Il est conduit à l’Hôpital Maritime à Brest ; et comble de ridicule sa chambre est gardée par des gendarmes de la caserne de Pontanézen dont il dépend.

Le docteur Barbaro, un médecin ayant des attaches à Plougonvelin, s’occupe de lui. Mais les Allemands s’impatientent et veulent le récupérer au plus vite. Pour faire croire que l’état de santé d’Hamon est grave et faire ainsi retarder son départ dans un camp de prisonnier, le Docteur BARBARO lui fait une intervention bénigne sur un os de la tête laissant croire qu’il y a une fracture du crâne.

Envoyé à l’hôpital Ponchelet, à Brest également, jusque fin avril, son épouse Pauline, François et René lui rendent visite deux ou trois fois pendant les vacances de Pâques.

Pendant ce temps, les résistants ne restent pas inactifs. Déguisés en allemands, ils envisagent de se rendre à l’hôpital pour essayer d’en faire sortir Hamon. Le projet consiste à l’enlever et le cacher au presbytère de Landéda chez l’abbé SALIOU. Mais les Allemands sont plus rapides et, entre le 15 et le 30 avril, via Nantes, Hamon est envoyé à Compiègne dans un camp de résistants occupé par la gestapo. Il y reste jusqu’au 30 juillet 1944 et est ensuite déporté dans le camp de concentration de Neuengamme au sud-est de Hambourg sur le fleuve Elbe.

Plus tard, on retrouve sa trace à Ravensbrück. On sait aussi que le déplacement d’un camp à l’autre se fait à pied, par groupes de 700 prisonniers. (Nous tenons ces renseignements de Monsieur Pouliquen, gendarme à Crozon, qui a interrogé, Monsieur Marchand, interné dans la même cellule qu’Hamon et qui a eu la chance de revenir).

Les Russes ont libéré le camp de Ravensbrück le 25 avril 1945. Des témoins, revenus, certifient avoir vu Hamon dans ce camp à cette date. Hélas, il était à l’infirmerie et souffrait d’un gros phlegmon au bras ; On sait aussi que seuls les prisonniers en bonne santé ont été libérés. Que s’est-il passé ensuite ? Son état s’est-il aggravé ?

À partir de cette date, plus personne n‘entendit parler de lui. Des recherches, pendant de nombreuses années, sont restées vaines. Le 17 sept 1948, l’État Français a établi son acte de décès au 30 avril 1945 avec mention « Mort pour la France »

  • Il est décoré à titre posthume, de la médaille militaire et de la croix de guerre 1939-1945 avec palmes le 13 novembre 1947, de la médaille de la résistance française le 22 septembre 1953, et de la médaille de la déportation et de l’internement pour faits de résistance le 5 février 1952.
  • Hamon Raguénès a été choisi comme parrain par les élèves gendarmes (EG) de la 114ème promotion. Samedi 11 juin 2022 - 120 élèves gendarmes ont rendu hommage à Hamon Raguénès
  • La mention « Mort en déportation » lui est attribuée par arrêté en date du 2 décembre 1996
    et en son souvenir, une rue est baptisée de son nom à Plougonvelin

Bernadette Richard-Le Ru, 2025

Sources

 


[1 renseignements sont fournis, le 18 février 1946, par Jean Gouriou, chef cantonal des F.F.I. -Forces Françaises de l’intérieur- de Brest-ouest