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Gai...Gai...Marions nous !
Ar Baz Valan. (littéralement : Le bâton de genêt)

Nous commençons la publication d’une recherche principalement menée par les dames de notre équipe. Le thème initialement choisi portait simplement sur l’évolution de la robe de mariée au cours des cent à cent vingt années écoulées. Rapidement la vie locale, les traditions ont pris de l’importance dans cette étude. Des premières approches entre les deux futurs époux, au temps des fiançailles, à la préparation du grand jour, à la fête, c’est tout un aspect de la vie locale qui se dévoile. C’est ce que montre ce premier article qui nous conduit à la veille du mariage. L’évolution de la robe de la mariée, mais aussi celle de la tenue du marié, accompagneront en suite les changements intervenus dans notre Penn ar Bed.

De tout temps, la vie a été rythmée par trois étapes importantes : naissance, mariage, mort. Si les premiers et derniers jours sont deux inconnues, le mariage, à travers les siècles, a toujours été source de grandes préparations et de réjouissances. Aujourd’hui, les couples n’attendent pas de passer devant Monsieur le Maire pour convoler ; il n’en était pas de même « dans le temps » où les usages, bien ancrés dans les familles, ne supportaient aucune entorse.

Toutes les occasions étaient bonnes pour se rencontrer et faire connaissance : entraide pour les travaux, offices religieux, pardons, foires et mariages dans le village... Ne dit-on pas « les noces font les noces » ? Au début du siècle, quand deux jeunes semblaient se plaire, tout un cérémonial se mettait en place et l’entremetteur, "Ar baz valan" (l’homme au bâton de genêt), entrait en service. Mandaté par la famille du jeune homme, c’est lui qui, muni de son bâton de genêt, avait mission de venir chez la prétendue future mariée faire une première démarche afin de voir si cette union était socialement possible. A Plougonvelin ce rôle était le plus souvent tenu par une femme, telle Marie Perrot jusqu’aux années 1930-1940.

« Tout Baz valan, nous dit le Barzaz Breiz, doit allier à une grande éloquence un fond de bonne humeur et d’inépuisable gaieté. Il doit savoir l’histoire de la famille de son “client” de manière à pouvoir citer, au besoin, quelques traits honorables... »

Bien sûr, l’émissaire n’avait pas annoncé sa visite ! Mais, on l’attendait, car au lavoir « on causait » et tout le monde savait que "Katell" avait été remarquée par "Job" du village voisin. Depuis quelques jours la maison était "gardée propre" et la cour avait été balayée. Pour plus de sûreté, ordre avait été donné au petit frère d’aller jouer un peu plus loin sur la route et dès que « l’homme au bâton de genêt » apparaîtrait, de revenir, ventre à terre, prévenir la maisonnée.
Tout en marchant, notre Baz valan, observant la nature, était inquiet car, de l’accueil qu’il aurait, dépendait la suite des événements. S’il voyait un chat ou une pie il pouvait s’en retourner ; par contre si le merle se mettait à siffler ou la tourterelle à roucouler, l’entretien s’annonçait sous de bons auspices.

Arrivé à la maison de la promise, le bâton de genêt posé près de la porte, notre envoyé parlait d’abord du temps qu’il faisait et des travaux en cours, tout en regardant discrètement autour de lui pour évaluer la richesse ou la sobriété des lieux. Si le maître de maison se plaignait de la dureté de la vie et si, dans l’âtre, la grande poêle était posée à l’envers, il était inutile pour notre homme de dévoiler l’objet de sa visite, il pouvait rentrer chez lui : c’étaient des signes de refus. Si, par contre, on sortait la bouteille de "fort" et si la maîtresse de maison s’empressait de sortir le lard et de préparer la pâte à crêpes pour un copieux goûter, tous les espoirs étaient permis ; à ce moment seulement les choses sérieuses pouvaient commencer et la proposition, plus ou moins explicite, se glisser dans la conversation. Alors, fier d’avoir réussi sa mission, notre Baz valan irait annoncer la bonne nouvelle à ses commanditaires.

Les parents du jeune homme viendraient faire la demande officielle et inviter les parents de la jeune fille chez eux.

Cette tradition s’est éteinte, petit à petit, vers les années quarante. Plus tard, quand deux jeunes de paroisses éloignées semblaient s’accorder, les parents précautionneux, chargeaient une personne de confiance, souvent un prêtre, de se renseigner sur le rang, la dot, la moralité de la famille... Le dicton dit : «  Le saint plaît mais la chapelle ne plaît pas » ou bien « La chapelle plaît mais le saint ne plaît pas  » ! Si tout allait bien, le jeune homme pouvait faire sa « cour » et les préliminaires officiels commencer.

La branche de genêt fleuri, symbole d’amour et d’union.

Le temps des fiançailles

Au début du siècle on allait rarement "chercher" son conjoint à plus de cinq kilomètres. Les mariages étaient assez rarement des mariages d’amour, mais plutôt l’alliance de deux familles, de deux patrimoines ou de deux situations.

« J’aimais un voisin mais mes parents n’en ont jamais voulu. Ils voulaient que j’épouse un cousin pour assembler les terres », dit une léonarde née en 1892. Aujourd’hui on se soucie de trouver un partenaire mais à l’époque on devait en plus chercher une ferme pour se loger et gagner sa vie, sauf pour l’aîné qui, en général, s’installait sur la ferme familiale.

Après la visite de notre « Baz Valan », la demande étant agrée, les deux familles commencent les préparatifs qui débutent par les fiançailles. A Plougonvelin, cet évènement commence souvent par un repas qui réunit les deux familles, parfois chez la future mariée, parfois au restaurant. Le fiancé présente alors à sa future épouse plusieurs bagues parmi lesquelles elle choisira celle qui sera le symbole de leur engagement, “la promesse”. Dans les familles modestes, il n’y a pas toujours de bague. Le repas est alors le point de départ de cette période de fiançailles qui peut durer de quelques semaines à trois mois maximum. Si cet engagement n’est pas vraiment officiel, chacun s’y soumet cependant.

Les ruptures de fiançailles sont souvent exceptionnelles et dues à la disparition du fiancé du fait de la guerre ou de maladie mais parfois aussi pour des raisons plus futiles, dans ce cas la fiancée doit rendre la bague.
Puis vient le choix de la date du mariage. Il obéit à diverses contraintes.
L’Eglise impose une série d’interdits religieux en relation avec la liturgie. Pas de mariage pendant l’Avent et surtout le Carême, du mercredi des cendres à Pâques, période pendant laquelle on observe jeûne et abstinence tant sur le plan alimentaire que sur celui des relations entre époux.
Etaient également exclus, le vendredi, jour maigre (sans viande), le dimanche jour du Seigneur et par conséquent le jeudi et le samedi, car jadis la noce durait deux ou trois jours ou même davantage au début du siècle.
Chez nous la plupart des mariages se célébraient le lundi. On ne convolait pas non plus certains mois : mai est souvent considéré comme "tabou", c’est le mois de Marie donc de la virginité, ne dit-on pas : « Mariage en mai, mariage mauvais » ou « C’est au mois de mai, chez nous, qu’on entend chanter le coucou ». Les mois de juillet et août, mois de moisson et de gros travaux agricoles, empêchent aussi toute festivité. L’heure de la cérémonie est immuable et fixée à onze heures.

Cependant pour les couples qui ont visiblement consommé le mariage avant la date officielle, celui-ci avait lieu à neuf heures, sans carillon, la mariée portait un tailleur et non la robe blanche.

Lits clos (Musée Notre Dame, Le Folgoat)

Maintenant arrive le temps des invitations. Les parents des mariés se chargent de celles de la famille, proche ou plus éloignée, des voisins et des amis. Les futurs époux convient leurs amis et amies souvent choisis avec l’accord des parents. Les invitations se font par des visites à domicile et les invitants sont toujours chaleureusement reçus : vin, café, gâteaux...Les tournées d’invitation pouvaient durer quinze jours à trois semaines, le nombre d’invités pouvant atteindre plusieurs centaines.
Les faire-part et les cartons d’invitations ne sont apparus chez nous que dans les années 1960 / 1965.

La grande armoire, pour une vie !

Le mariage étant un acte officiel, la publication des bans est obligatoire tant en mairies qu’aux églises des deux paroisses. A Plougonvelin, ils étaient affichés au fond de l’église, mais en plus ils étaient annoncés en chaire le dimanche et le curé terminait toujours cette publication en breton :
«  An neb a c’hoar e viche un empechament bennag da viroud ouz an daou-man da reseot sacrament ar briedelez a zo peded d’en em ziskleria dindan boan ar perc’hed »
(« Celui qui connaît un empêchement quelconque à ce que ces deux-ci reçoivent le sacrement de mariage est prié de le déclarer sous peine de péché. »).

On voyait relativement souvent à la campagne des mariages doubles, triples, voire plus, ceci afin de réduire les frais.
Pendant que la famille préparait le mariage, certains artisans ou commerçants aussi étaient à la tâche. Au menuisier on avait commandé un lit clos et une armoire. C’est dans ce meuble que sera entreposé le volumineux trousseau de lingerie, préparé petit à petit depuis des années ; il servira aux mariés leur vie durant.
Le tailleur faisait, sur mesures, le costume du marié, de même que son “chapeau à guides” en peau de loutre ou de castor, portant ses initiales à l’intérieur. La couturière locale aussi et, dans la deuxième moitié du siècle, Soeur Justine et ses élèves de " l’ouvroir ", le cours ménager, étaient mises à contribution pour la confection de la robe de la mariée.

Marie-Louise Cloître, Jocelyne Le Guen, Bernadette Le Ru. Avec les souvenirs vivaces de Madame Marie-Ange Lannuzel, notre doyenne, que nous remercions

Publié dans les Echos de Plougonvelin de juillet-août 2008

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