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Les mystères de la fontaine découverte

Les nombreuses fontaines qui parsemaient les campagnes de Basse-Bretagne perdirent de leur raison d’être quand les communes réalisèrent les adductions d’eau potable. Le remembrement et la pollution des sols leur portèrent souvent le coup fatal.
Bernadette Le Ru rêvait de ressusciter la fontaine de son enfance, dans le vallon de Keryunan.
Au printemps 2004, en l’espace de quelques jours, ce fut chose faite grâce à l’aide de François Goarzin et de Jean Gélébart .

À l’automne de la même année les trois complices, renforcés dans un premier temps par Gaby Quellec , récidivèrent pour un lavoir tout proche, à 150 m au nord-ouest, sur le côté gauche du chemin qui mène à Kerbrat et rejoint la route de Saint-Mathieu.
Le bassin qui avait été restauré en 1957 fut fréquenté jusque vers 1970, jusqu’à ce que la multiplication des machines à laver ne le rende à son tour obsolète. Un épais manteau de broussailles et de détritus de toutes sortes l’avait recouvert, qu’entreprirent de dégager les trois protagonistes.

Le lavoir de Kerbrat

Ils avaient aussi appris de la bouche de M.  François Le Stang , l’un des plus anciens habitants du quartier qui le savait lui-même de son père, qu’au lavoir était associée une fontaine ; elle avait été jadis recouverte de terre et de pierraille pour empêcher les chiens enragés de venir y boire. Rien ne laissait soupçonner son existence. Si plusieurs noms de parcelles (Poul ar vicher, “ la Mare du métier ”, nom énigmatique, Goarem ar poul, etc.) évoquent le lavoir, aucun toponyme habituel tel que Park ar feunteun, “ le Champ de la fontaine ”, ne la signale. Elle n’apparaît pas non plus dans l’ancien cadastre de 1841 ni sur la carte des Ingénieurs-géographes de 1771-1776. Sa disparition est donc antérieure au dernier tiers du XVIIIe siècle.

L’acharnement et la curiosité des terrassiers furent bientôt récompensés par la mise au jour, juste en amont du lavoir, d’un ensemble imposant comprenant un bassin carré, un sol dallé et trois mystérieuses pierres.
Cette découverte inespérée suscita des questions que l’on peut sérier de la manière suivante. L’eau qui s’écoule du bassin par une pierre de trop-plein traverse, grâce à une rainure, une grande pierre circulaire d’un mètre de diamètre. Elle a été taillée dans le granite porphyroïde de Plouarzel. Son épaisseur est de 17 cm ; elle est percée en son centre d’un trou circulaire et est légèrement concave, si bien qu’un peu d’eau y séjourne en permanence. Tout laisse penser qu’il s’agit d’une meule de moulin à grain. Mais pourquoi l’avoir réutilisée de cette façon ?
En réalité elle occupe la place des bassins à ablutions que l’on connaît pour de nombreuses fontaines guérisseuses de Basse-Bretagne. S’il s’agit bien de cela, la conclusion est d’importance :

  1. l’eau qui jaillit était censée guérir de certaines affections, dont nous ignorons la nature en l’absence de toute tradition conservée ;
  2. ses vertus étaient certainement attribuées à l’intervention d’un saint ou d’une sainte, car il n’était pas concevable dans le Léon autrefois si chrétien, qu’on soit en présence d’un phénomène naturel.

Cette hypothèse est étayée à notre avis par une seconde pierre arrondie, taillée celle-ci dans le gneiss local, qui saillit du mur de soutènement en pierre sèche, juste à droite du bassin. Elle nous paraît être l’équivalent des consoles, parfois assez grossièrement travaillées, qui dans nos églises et chapelles supportent les statues de saints.
Un autre usage comme celui d’y poser la cruche à eau nous semble peu plausible et nous n’en avons pas trouvé d’exemple. Peut-être aurait-elle pu servir aussi à déposer des offrandes ? De telles consoles, le plus souvent surmontées d’une niche qui abritait la statue du saint, occupent généralement l’axe du bassin. Or ici elle a dû être décalée vers la droite en raison de la présence dans le mur d’un monolithe en position couchée.

C’est la troisième pierre mystérieuse ! Elle est en granite à gros grain de Trégana et présente en surface des traces de rubéfaction (exposition au feu). Elle n’a pu être entièrement dégagée puisqu’elle est incluse dans le mur de pierre sèche, et nous ne connaissons pas sa forme exacte. Elle fait penser à un mégalithe sans qu’on puisse préciser sa fonction.
L’abbé Y.-P. Castel , venu sur les lieux le 17.02.2005, « subodora » lui aussi l’origine pré-chrétienne et sacrée de ce petit monument probablement placé à cet endroit pour infléchir et canaliser les croyances et les rites dont il était l’objet.
Si l’on considère enfin que le périmètre a été délimité avec un soin particulier par deux grands murs en pierre sèche, tout laisse penser que l’on n’a pas affaire à une fontaine banale, réservée à l’usage domestique, mais à un espace fréquenté et sacré.

Il reste à déterminer à quel saint ou sainte était dédiée la fontaine de Kerbrat. Aucun souvenir, aucun nom de parcelle pour nous le rappeler, avons-nous dit. Cependant, on rencontre à 400 m au nord-ouest, le village de Trémeur dont les habitants venaient au lavoir qui a été dégagé. Le toponyme Trémeur, assez fréquent en pays bretonnant, vient du vieux-breton treb, “ village ” et de meur, “ grand ” ; il n’aurait donc rien à voir avec le saint, fils de sainte Trifine, qui eut la tête tranchée par son terrible père Conomor ? Pas si sûr : nous connaissons à Bannalec un village Trémeur qui est en réalité un ancien Saint Trémeur et dans lequel il existait une chapelle placée sous ce patronage (Renseignement B. Tanguy ).

Il s’élevait également une chapelle à la limite nord-ouest du Trémeur de Plougonvelin comme l’indiquent deux parcelles (F 66, 111) dénommées Park an ilis (« le champ de l’église ») et des fragments d’ardoise que l’on recueille en surface.
Deux autres parcelles (D 893-894) à 250 m seulement de la fontaine, dites Park ar Curé ( « le champ du Curé » ), confirment une présence ecclésiastique dans les environs.

Enfin, quelle n’a pas été notre surprise en constatant que le culte de saint Trémeur était encore vivant dans le village. Odette Goarzin l’entretient pieusement. Cette vénération tire-t-elle son origine d’un simple rapprochement entre le nom du saint et celui du village, ou bien la tradition a-t-elle un réel fondement ? La chapelle détruite était à 650 m à vol d’oiseau de la fontaine découverte, ce qui peut paraître beaucoup, et il existait plus près selon François Goarzin , dans le village même, une source, mais dont l’eau n’était pas consommée par les humains. Alors qu’on ait placé sous le patronage de saint Trémeur une source plus éloignée parce que son eau était bienfaisante est tout à fait plausible.
Les habitants du village allaient bien autrefois s’approvisionner à la fontaine de Keryunan qui est à plus de cent mètres au-delà.

Faut-il ajouter que les premiers coups de faucille et de pioche ont été donnés le 8 novembre (2004) jour de la saint… Trémeur ! Chacun donnera à cette extraordinaire coïncidence la signification qu’il voudra en fonction de ses convictions.

Cet article mériterait un plus long développement et peut-être appellera-t-il une suite. L’état des recherches est provisoire et contient des hypothèses à vérifier. Mais d’ores et déjà on peut affirmer que grâce à nos trois Plougonvelinois l’histoire locale s’est enrichie d’une belle page et le patrimoine d’un site remarquable que chacun aura à cœur d’admirer et de protéger.

Jean-Yves Eveillard pour l’association Phase

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