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Chapelle Notre Dame de Grâce
Notre Dame de Grâce vers 1850.

Une note anonyme retrouvée dans les archives du musée commence ainsi :
« La bourgade qui se forma dès le début autour de l’abbaye de Saint Mathieu se dota d’une chapelle consacrée à Notre Dame du Bout du Monde (Pen ar Bed en breton), qui fut remplacée par une église dédiée à Notre Dame de Grâce au vIIème siècle »

L’auteur ne cite pas ses sources. En l’absence de document authentique, je ne serais pas si affirmatif quant au passé de la chapelle.
Que savons-nous, au fait ? Que Saint Mathieu fut autrefois ville ... les annales énumèrent 36 rues . Que cette ville fût érigée en paroisse … que cette paroisse fût dotée d’une église … et que des éléments de cette église datent du XIVème siècle, ainsi son beau portail gothique, à colonnettes et voussures nombreuses, au tympan mutilé ajouré, en trilobes. Celui-ci révèle des traces de tuffeau, matériau utilisé pour les colonnes les plus à l’ouest dans l’abbaye … matériau dont le gisement le plus proche de notre site se trouve dans la vallée de Loire …et qui rappelle, aussi, la rue des Angevins, l’une des 36 évoquées ci-dessus.

Cette paroisse possédait son cimetière qui, à l’occasion de travaux récents, fût redécouvert … et « ré-enfoui », sous l’esplanade herbue, côté sud. Subit-elle des dégradations lors de la razzia anglaise de l’an 1558   ? C’est vraisemblable. Saint Mathieu y perdit son statut de ville mais non encore celui de paroisse. Ce n’est qu’à la Révolution qu’elle perd ce titre et l’église subit alors les outrages du temps.

l’abbaye, du XVIIème siècle – avant la rénovation mauriste

En 1861, l’église rebâtie, devenue chapelle est à nouveau ouverte au public. Elle perd en surface, le portail est isolé, seule la grande travée, que nous voyons sur le plan ci-dessus, est conservée. Le mur au nord-ouest garde trace des voûtes et des piliers qui séparaient précédemment les deux parties.
Elle est à nouveau restaurée en 1969, et depuis régulièrement entretenue.

Elle renferme les statues de saint Mathieu, de sainte Anne, de saint Tanguy et de sa sœur et victime sainte Haude, lesquelles, en bois polychrome, sont datées du XVIIème siècle. Une autre statue, celle de sainte Thérèse, y a été placée récemment. Si elle n’a guère d’intérêt artistique, elle prévaut par son histoire ... elle nous vient de Mers-el-Kébir … liant son destin à celui de nombreux marins figurant au Cénotaphe tout proche.

Nous ne saurions achever cette courte étude sans rappeler Notre Dame du Bout du Monde (XVIème) qui surmontait l’autel jusqu’en 1864, avant d’être remplacée par Notre Dame de Grâce, inspirée de la Vierge de la médaille miraculeuse, travaillée dans le goût du moment. Notre Dame du Bout du Monde, superbement restaurée, se trouve maintenant, dans l’église saint Guénael, au bourg.

Sous Notre Dame de Grâce est placé un banc d’œuvre du XVIIIème qui aurait appartenu au mobilier de l’abbaye. Le vieil autel provient, lui, de la chapelle saint Jean. Il porte un curieux écusson, plutôt logo qu’armoiries, marque d’une confrérie ou corporation bienfaitrice.

Si les annales ne sont guère prolixes, les archives même de la paroisse et plus précisément ce que les généalogistes appellent les B.M.S. (ou registres de catholicité) le sont davantage. Si nous n’avons pas su, selon toute apparence, tous les conserver, les premiers d’entre eux remontent cependant à 1617 en ce qui concerne les baptêmes, 1660 pour les mariages, 1669 pour les décès. Nous savons que d’une façon générale les B.M.S. ont été remplacés à la révolution par les N.M.D. (ou registres d’actes civils).
Ils sont avant tout tranche de vie, tranche d’histoire du passé de ceux qui ont vécu sur ce petit bout de terre. Le premier acte concerne une fillette, Guillemette Fontenay baptisée, début 1617, fille d’Olivier et Françoise le Gac. Cette famille Fontenay résidait au manoir de la Villeneuve (aujourd’hui Kernevez). Elle occupait des fonctions auprès de la seigneurie abbatiale. Nous pouvons voir encore de nos jours, ses armoiries, sur le manteau de la cheminée du rez-de-chaussée de l’hostellerie.

Ces actes pourraient permettre, dans une étude démographique qui reste encore à faire (pour une prochaine occasion ?), d’évaluer le nombre d’habitants à Saint Mathieu. Quoiqu’il en soit nous retrouvons des noms « bien de chez nous » et toujours bien portés.
Les actes de décès apportent aussi leur lot d’informations quant aux difficultés de la vie, ainsi un certain nombre de jeunes paroissiens meurent « en âge d’innocence », et d’autres de la peste. D’autres viennent de bien loin comme Raymond Delpech, du Rouergue, soldat au régiment d’Orleanois mort à l’hôpital de Saint Mathieu en août 1694. 1694 ? Mais oui bien sûr, la bataille de Camaret ! En 1703 c’est le vicaire perpétuel de la paroisse Jean Laridon, à 80 ans. En 1725, la dame de Kerautret n’est pas Marie-Louise, mais Claudine de Kermorvan … Un certain nombre des personnels de l’abbaye est cité dans ces actes : des religieux, bien sûr, mais aussi, en 1743, le cuisinier, François Le Roux originaire de Botsorhel.
La même année, c’est dom Pierre Pitault qui décédé aux Carmes de Brest effectue son dernier voyage à Saint Mathieu par mer … ce qui est indicatif de l’état des routes, n’est-ce pas madame de Sévigné ! En 1744, le recteur Yves Martin décède lui à 79 ans et en 1749, c’est au tour de Tanguy Siviniant, maître canonnier et gardien du fanal de Saint Mathieu … et d’autres, des noyés bien sûr en raison de la difficulté à naviguer dans les eaux, révèlent des naufrages, celui de la gabare de la Dorothée en 1768, raconté par ailleurs par Jean Chevillotte (livret en vente au musée), ou encore André Zayago originaire du diocèse de Cadix dont la frégate a sombré en 1780 sur les Rospects.

Evoquer les sépultures à Saint Mathieu et ne pas citer Jean Causeur serait un crime de lèse-majesté … celui dont on a écrit « Le temps se fatigua sur ce vieux bas-breton – a faux, qui détruit tout, s’ébrécha sur son front  » qui décéda le 30 avril 1774 à l’âge canonique de 130 ans , il eut l’honneur d’une pension annuelle des Etats de Bretagne, et la gravure d’un portrait. Les grincheux diront que l’on a pas trouvé l’acte de baptême.

Nous pouvons être étonnés par l’absence de la mention de « pèlerin » à moins que deux « inconnus » ne soient à classer dans cette rubrique.

Enfin, les mariages, eux, nous apprennent, en dehors d’autres études plus poussées, que l’on n’est pas seulement originaire de Plougonvelin ou Lochrist ; Saint Louis de Toulon pour les femmes, Landouzy dans l’évêché de Laon pour les hommes, sont les paroisses citées les plus éloignées. Nous ne saurions achever ce travail sur l’église et la paroisse de Saint Mathieu sans évoquer l’enquête diligentée par l’évêque de Léon, en 1774, sur la pauvreté dans l’évêché. Tanguy Morel, le recteur commence ainsi : « Les habitants de la paroisse Notre Dame de Grace de St Mathieu fin de terre sont pauvres sans etre mandiants » … on se chauffe à la fougère et à la motte … il y a seulement 25 ménages, totalisant une centaine de communiants à peine … aucun habitant n’est oisif … les enfants en âge de travailler sont envoyés « en condition » … les garçons, si possible, à Brest pour y être mousses, charpentiers ou calfats … les religieux donnent autant qu’ils peuvent du travail, mais le pain distribué n’est profitable qu’aux paroisses circonvoisines … le « goüemon  » est l’engrais du pays mais il « coute beaucoup à le ramasser » vu la hauteur des falaises, de ce fait « l’entretien de leur église est souvent une charge au dela de leurs forces. La position en est terrible et au dela de ce qu’on peut l’exprimer  ».

Nous aurions aimé vous en dire davantage mais les pierres silencieuses ont voulu garder leurs secrets afin que l’imaginaire celte soit toujours aussi fertile … la légende n’est jamais très loin !

Rémy Le Martret

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