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Le naufrage de La Dorothée

Naufrage de la gabarre [1] la Dorothée près de Saint-Mathieu [2] le 16 décembre 1768

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Recherchant des gravures et dessins anciens sur Bertheaume et l’abbaye de Saint- Mathieu un médecin brestois m’avait indiqué qu’il possédait une gravure de Nicolas Ozanne reproduisant un naufrage à Saint-Mathieu portant en légende :

Il existe une seconde gravure de ce naufrage qui montre les bâtiments participant au sauvetage avec la légende suivante :

Une première remarque s’impose, la date du naufrage indiquée sur ces dessins est erronée, en effet il y erreur sur l’année, celle-ci étant 1768 et non 1769.

Des sources contradictoires attribueraient ces dessins [3] à Yves-Marie Le Gouaz (1742-1816) beau-frère de Nicolas Ozanne (1728-1811). Il semblerait plutôt que les dessins sont bien de Nicolas Ozanne mais auraient été gravés par son beau-frère.

L’importance des victimes de ce naufrage et les conditions du sauvetage des rescapés ont eu certainement un grand retentissement à l’époque, pourtant habitué à ce type de catastrophe, ce qui explique probablement la réalisation de ces deux dessins.

 Les gabarres de la marine royale

Après les revers de la guerre de Sept Ans et le traité de Paris (1763) qui ruina l’empire colonial français, Choiseul , secrétaire d’Etat à la Guerre, entreprit de reconstruire une flotte, ce qui nécessita un approvisionnement en bois très important.

L’utilisation de gabarres, navires [4] de charge et de transport avec trois mâts, et parfois un armement sommaire (8 à 12 canons), se développa pour le cabotage le long des côtes françaises, en particulier pour l’approvisionnement des chantiers navals de l’Atlantique.

Pour les mâtures le bois des Pyrénées plus noueux et moins cher que les bois du Nord est expérimenté et utilisé sur ces gabarres. De nombreuses navettes sont faites à partir de Bayonne par ce type de bateau dont le tonnage est de 300 à 500 tonneaux. Certaines sont spécialement aménagées pour le transport des mats, vers les arsenaux de Rochefort et Brest.

Ces gabarres, malgré leur lourdeur et leur lenteur qui sont compensées par la robustesse et le comportement à la mer, seront utilisées pour des expéditions scientifiques et voyage d’exploration.

La Pérouse a commencé sa carrière maritime sur les gabarres du Roi (L’Adour et La Dorade) puis il exerça le commandement, en tant qu’Enseigne de vaisseau, de l’Adour puis de La Dorothée.

Après de nombreux voyages dans des régions lointaines il sera chargé par Louis XVI en 1785 d’un voyage de découverte qui finira tragiquement à Vanikoro avec La Boussole et L’Astrolabe.

 La gabarre La Dorothée

Celle-ci, du type « Dorade », a été construite à Brest, sur plans de l’ingénieur Rolland, en deux mois : de juin à août 1764.

Caractéristiques [5]

  •  Jauge : 300 tonneaux,
  •  Longueur : 29,4 mètres, (89 p.)
  •  Largeur au bau maximum : 7,1 mètres, (22 p.)
  •  Creux : 3,40 mètres,
  •  Armement : 12 canons.

    Cette gabarre, mise à flot le 28 août 1764, est en service au mois de septembre suivant.

     Le naufrage

    Le mercredi 7 décembre 1768 La Dorothée appareille du Havre pour rallier Brest. Elle est commandée par M. de La Martellière, enseigne de vaisseau.

    L’équipage comprend 49 personnes [6] Etat major : 4

  •  Volontaire : 1
  •  Officiers mariniers : 7
  •  Matelots : 27
  •  Mousses : 5
  •  Passagers : 5

    Soit 49 personnes [7] y compris le commandant. Sur le dessin d’Ozanne il est mentionné 50 hommes d’équipage. L’Intendant de la Marine dans son courrier au Ministre [8] parle de 47 personnes. Le « Dictionnaire des bâtiments de la flotte de guerre française de Colbert à nos jours » mentionne 48 personnes.
    Les origines des marins et des passagers de la gabarre étaient diverses : en majorité de Brest ou de la région brestoise (Le Conquet, Camaret, Lannilis), mais aussi de Dieppe, Saint-Brieuc, Caen, Dunkerque, Rouen, Honfleur et St. Vallery en Somme.

    Le chargement [9] est composé de :

  •  700 pièces de cordage.
  •  1020 pitons de fer.
  •  70 barriques de plâtre en poudre.
  •  De bois de construction (chêne, orme et peuplier).

    La navigation depuis Le Havre se passe sans incident jusqu’au vendredi 16 décembre.

    Le samedi 10 La Dorothée rencontre La Forte Samson commandé par Nicolas Mignard, passe Le Four de conserve et mouille en rade de Porsliogan près du Conquet où 7 autres bâtiments, également au mouillage, sont en attente d’un vent favorable.

    Le vendredi 16 décembre La Dorothée [10] appareille, à 8 heures du matin, accompagnée de La Forte Samson et de 7 autres bâtiments ; elle louvoie pour atteindre la Pointe Saint-Mathieu avec des vents de S.S.E.

    Nicolas Mignard, capitaine de La Forte Samson aperçoit, à midi et demi par grosse mer, La Dorothée, toutes voiles dehors, vouloir « virer de bord à la pointe et durant cette manœuvre un grain survient accompagné d’une saute de vent au S.O. qui en lui masquant ses voiles la tellement chargé, qu’elle ne gouvernait plus sur le champ le flot et la lame s’en empare et la jette aux environs de la pointe St.-Mathieu où elle a été en dix minutes mise en pièces sur les rochers. »

    Nicolas Mignard, situé a environ une demi lieue [11], voit la gabarre renversée et le bout de ses mâts contre les rochers. La Forte Samsom arrive à Brest vers 3 heures et demi en pensant qu’il n’y avait aucun espoir de sauvetage de l’équipage.

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     Le sauvetage des naufragés

    Dès vendredi 16 décembre, après-midi, des tentatives de sauvetage [12] sont faites, pour essayer d’atteindre les 24 naufragés réfugiés sur le rocher, par 200 marins et gardes-côtes du Conquet .

    L’état de la mer n’a pas permis une approche du rocher qui est balayé par des vagues qui s’élevaient de près de dix mètres, interdisant tout accostage des chaloupes. Vingt cinq hommes sont déjà noyés .

    Il semble qu’aucune tentative, soit par terre soit par mer, n’ait réussi le samedi, l’état de la mer rendant également tout approche impossible.

    Le lendemain, 18 décembre, le vent de S.S.E. ayant beaucoup diminué et étant ensuite passé au N.O., a permis à mi marée [13] vers une heure de l’après midi d’effectuer une nouvelle tentative :

    « plusieurs chaloupes se sont approchées du rocher, l’une s’en est mouillée à une demi encablure avec une ancre de 1200 et un câble de 12 pouces. Cette chaloupe a fourni des câblots à toutes les autres d’entre elles, particulièrement une s’est approchée si près du rocher qu’elle a pensé être engloutie : elle a cependant pu jeter dessus un cordage par le moyen duquel l’on a établi un va et vient. Cette manœuvre s’est exécutée sous mes yeux et a sur le champ servi à sauver l’un après l’autre les 22 hommes qui se sont jetés à la mer étant attachés par le travers du corps contre le va et vient qui était ensuite servi par la chaloupe avec une activité étonnante en sorte que chacun ne restait pas plus de 2 minutes dans l’eau des 22 hommes il n’y a d’officier que M. de La Martellière, ils étaient 24 sur le rocher, mais deux sont morts de faiblesse et ont été emportés par la lame avant hier matin l’un est M. Pic de la Mirandolle et l’autre un matelot.  »

    Sur le document «  Armement et désarmement de la gabarre La Dorothée ….  » pour le S. Pic de la Mirandolle la mention « noyé le 16 décembre  » a été rayé et remplacé par « mort sur les rochers de moines le 18 décembre 1768  », ceci semble bien prouver que le sauvetage n’ait eu lieu que le 18. Les naufragés seraient donc restés 2 jours complets sur le rocher en attendant l’intervention des sauveteurs.

    Treize naufragés sont immédiatement transportés à l’abbaye ou les Bénédictins leur prodiguent les premiers soins, certains moines cèdent leur lit aux naufragés.

    Les neuf autres, dont le commandant M. de La Martellière, sont répartis dans de maisons de paysans le long de la côte aux environs de Bertheaume [14] dans lesquels ils ont reçu des secours fournis par l’Intendant ; ils seront ensuite pris en charge par les moines et transportés à l’abbaye. Le 23 décembre les 21 naufragés rescapés rentrent à Brest [15] avec leur commandant. L’état [16] d’un naufragé a nécessité son admission à l’hôpital, ceux originaires de la région ont été reçus dans leur famille et les autres ont été rapatriés après avoir été doté quelques vêtements indispensables.

     Les Vieux Moines ou Les Rospects

    La question peut se poser car certains documents laissent place à une certaine ambiguïté.

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    A-Soit sur les Vieux Moines
    Dom Chaussy [17] dans «  L’abbaye de Saint-Mathieu de Fineterre » évoque ce naufrage sur « les Vieux Moines ».
    Le rôle d’équipage de La Dorothée mentionne

    • « la dite gabarre s’est perdu sur les moines faisant 4 mois 24 jours de campagne  »
    • « le sieur Pic de la Mirandolle est mort sur les moines le 18 décembre 1768  ». Le dessin d’Ozanne situerait plutôt le naufrage sur les Vieux Moines.

    B-Soit sur les Rospects
    Le dessin représentant le naufrage mentionne en légende «  La roche percée  ».
    La « Roche percée » est la traduction française de « Roc’h Toull » qui est l’appellation bretonne de certains rochers des Rospects [18]. La gabarre aurait pu aussi talonnée sur les Vieux Moines et être fracassée sur les Rospects (Roc’h Toull). Cette hypothèse est peu vraisemblable, étant donné la direction du vent et l’état de la mer. Il est toutefois certain que les naufragés s’étaient réfugiés sur les Rospects et non sur les Vieux Moines, immergés à marée haute.

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     Les noyés

    Les rapports sur le naufrage mentionnent 25 noyés [19] dont 2 officiers majors, 6 officiers mariniers, 12 matelots, 4 mousses et 1 passager.

    Dans ces mêmes rapports les rescapés sont au nombre de 22 soit 47 personnes embarquées sur La Dorothée . Par ailleurs certains documents laissent penser qu’il y avait 48 ou 49 ou 50 personnes à bord.

    Les registres paroissiaux de Saint –Mathieux [20] ont enregistré 25 noyés trouvés sur le rivage entre le 16 et le 20 décembre.

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    Le cas du Sieur Pic de la Mirandolle mort sur le rocher le 18 décembre peut expliquer une partie de la différence.

     Abbaye de Saint-Mathieu

    Ce naufrage a mis en évidence l’intérêt des secours que les moines de l’abbaye pouvaient apporter à la navigation lors de naufrages dans ces dangereux parages.

    En effet, dès la fin des opérations de sauvetage des naufragés l’abbaye, en accueille 13, et dans les jours suivant les 9 autres hébergés chez l’habitant sont rapatriés à l’abbaye [21] : « les Bénédictins de cette abbaye les ont fait transporter de leur propre mouvement persuadés qu’ils trouveraient plus de secours chez eux qu’ailleurs, effectivement j’apprends qu’ils ont pour M. de La Martellière les plus grandes attentions. Ils se sont resserrés pour les mettre plus à leur aise et accéléré leur rétablissement, Quelques uns de religieux ont même cédé leurs lits aux naufragés. Je ne doute point que le procédé ne vous touche et que vous ayez la bonté d’en témoigner votre satisfaction à leur prieur de manière à les encourager a en agir de même si pareille circonstance venait à se représenter. »

    Le 30 décembre 1768 le ministre de la Marine [22] adressait ses félicitations au chef d’escadre de Rosily ainsi qu’au prieur de l’abbaye de Saint-Mathieu pour l’accueil réservé aux naufragés. Il envoie aussi, le 10 février 1769, à l’archevêque de Reims, président de la commission des réguliers, une dépêche lui demandant de maintenir cette abbaye dont la suppression était envisagée.

     Epilogue

    Le matelot Jacques Collet de Dunkerque [23], faisant partie de l’équipage de La Dorothée lors de son naufrage, avait pu se réfugier sur la roche et être sauvé.

    Ce matelot sollicitait ensuite le brevet de capitaine de navire marchand pour pouvoir commander des bâtiments de ses parents mais il lui manquait du temps de navigation sur les bâtiments du Roi (18 jours de campagne) et sur les navires de commerce (7 mois et 8 jours), le naufrage de La Dorothée l’ayant pénalisé.

    L’Intendant de la Marine adresse au Ministre une supplique pour que ce matelot puisse être dispensé du temps qui lui encore nécessaire au service du Roi, et que pour le temps sur les navires de commerce, les brillants états de ce matelot qui avait fait partie de l’équipage d’un corsaire (Le Vengeur de Dunkerque), fait prisonnier par les Anglais, s’était échappé et avait navigué ensuite 3 ans sous pavillon hollandais pour le compte de négociant français, pouvaient servir de compensation.

    L’Intendant transmet aussi au Ministre le témoignage du commandant de La Dorothée qui loue le comportement du matelot lors du naufrage.

    Ensuite deux lettres [24] au Ministre terminent la carrière de La Dorothée.

    J.C (pour Phase)

    Publié dans les Echos de Plougonvelin de septembre-octobre 2009


    [1] Gabarre ou gabare

    [2] Commune de Plougonvelin (Finistère)

    [3] En particulier la base Joconde du Ministère de la culture

    [4] Dictionnaire de la Marine et « Dans la marine et les colonies du Roi (1756-1788) (Association Lapérouse)

    [5] Dictionnaire de la Marine et « Dans la marine et les colonies du Roi (1756-1788) (Association Lapérouse)

    [6] Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN) sous série C6, articles 384. Récapitulation et synthèse du document

    [7] Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN) sous série C6, articles 384.

    [8] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [9] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [10] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [11] Soit 2.700 mètres ( ?) L’Intendant de la Marine situe la pointe Saint-Mathieu à 4 lieues de Brest. La lieue marine représentait la vingtième partie du degré comptée sur un grand cercle de la terre soit 5.556 m.

    [12] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [13] S.H.O.M.

    [14] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [15] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [16] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [17] « L’abbaye de Saint-Mathieu de Fineterre ». Esquisse historique par dom Yves Chaussy

    [18] « Renabl anoiou lehiou arvor goueled Leon : Etre Elorn ha Porz Skaf » de Mikael Madeg et Yann Riou

    [19] Centre d’accueil et de recherche des Archives nationales (CARAN) sous série C6, articles 384

    [20] Avant la Révolution de 1789 il existait une paroisse à Saint-Mathieu avec son église et ses registres. (à l’emplacement de la chapelle actuelle)

    [21] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 537. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 31 août 1767 au 18 janvier 1768.

    [22] « L’abbaye de Saint-Mathieu de Fineterre ». Esquisse historique par dom Yves Chaussy

    [23] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 538. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 10 janvier 1769 au 20 juillet 1770.

    [24] Service historique de la Marine. Brest. 1 E 538. Lettres adressées au Ministre de la Marine par l’Intendant de la Marine de Brest du 10 janvier 1769 au 20 juillet 1770.

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