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Un jeu de notre enfance : "le Tinnel"

Nous sommes nombreux, vieux Plougonvelinois, à nous souvenir du jeu de “Tinnel”. Il se pratiquait dans notre commune, plus précisément dans certains quartiers ou hameaux, au cours des années cinquante. Comme on va le voir, simple dans sa conception, peu coûteux en matériel, il nécessitait cependant adresse et même fine réflexion.

Le matériel :

  • le Tinnel, (1), simple cylindre de bois d’environ 10cm de long et de 4cm de diamètre, que l’on taille en pointe à ses deux extrémités.
  • le Bâton d’environ 50cm de long. (2).

    NB: Cliquer sur les images pour les agrandir

  • Le tinnel
    Le bâton, posé sur le tinnel : il montre les proportions entre les deux.

    Le terrain :

    Un “bon” espace est nécessaire, aire à battre, portion de route, au moins vingt à trente mètres s’imposent pour pouvoir projeter le tinnel et faire évoluer les joueurs. Un trou est creusé dans le sol, appelons le la “base”.

    Ce trou est de forme ovoïde, sur son rebord le tinnel est disposé en oblique, (3) et (4). Le jeu se déroule dans un grand angle dont la base, le trou, est le sommet

    Remarque : Si le trou n’est pas suffisamment bien adapté pour donner au tinnel l’inclinaison souhaitée, on peut en ajuster la position en le calant au fond de la cavité au moyen d’un petit caillou.

    Ce jeu se pratiquait à deux adversaires ou à deux équipes (de 2, 3 voire 4 joueurs) opposées.

    Les règles du jeu présentaient diverses formes, les conventions étaient déterminées par les joueurs. Il semble qu’elles pouvaient dépendre du nombre de joueurs.

    La mise en jeu :

    Une équipe va “engager’’, c’est-à-dire tenter de propulser le tinnel le plus loin possible en appliquant cette procédure :
    - le premier joueur de l’équipe qui engage, place le tinnel au bord de la base comme indiqué figure 4,

    - un coup de bâton (5) porté sur l’extrémité supérieure du tinnel le fait virevolter hors de la base (6). Immédiatement le joueur le refrappe fortement, toujours avec son bâton, afin de le propulser le plus loin possible (7).

    Si cette dernière frappe échoue, un nouvel essai est accordé. Trois tentatives du même joueur sont autorisées. Au troisième échec, l’équipe change de lanceur et, si tous les équipiers ont épuisé leurs différents essais, l’engagement revient à la deuxième équipe.

    Comment évaluer le score ?

    Plusieurs variantes ont été présentées. Dans le cas où seulement deux joueurs s’affrontent, la distance, en nombre de pas, entre la base et le point de chute du tinnel est mesurée après les tentatives de l’un et l’autre. La plus grande longueur désigne le vainqueur de ce duel. La partie à deux peut se poursuivre par de nouveaux combats singuliers.

    Cette règle s’étend parfois au cas où deux équipes sont sur le terrain. Les joueurs de l’une et l’autre s’opposent alors, successivement, en duels. Chaque équipe totalise ses victoires.

    Une variante de la règle du jeu entraîne une autre façon, plus élaborée, d’évaluer le score. Les joueurs de l’équipe adverse de celle qui engage, l’équipe des défenseurs, se déploient, avant l’engagement, dans la zone vers laquelle le tinnel va être propulsé. Leur espoir est de saisir le projectile avant qu’il ne touche le sol.

    En cas de succès ils engrangent un certain nombre de points, convenus à l’avance, par exemple, dix points si le projectile est saisi à deux mains, le double s’il est récupéré d’une seule main. Le lanceur, lui, est alors éliminé. Si le tinnel échappe aux défenseurs et, donc, atteint le sol, l’initiative revient à l’équipe “attaquante”, celle du joueur qui vient d’effectuer le lancer. Le point d’impact ayant été bien repéré, au besoin marqué d’un caillou, ils émettent une proposition quant à la distance entre le trou et ce point de chute. Le “pas” comme ci-dessus peut servir d’unité de mesure mais la longueur du bâton est plus communément utilisée.

    Deux possibilités se présentent alors :
    - la proposition émise est acceptée par l’équipe adverse, alors le nombre de points revendiqués est porté au crédit de l’équipe attaquante,
    - la proposition est rejetée, dans ce cas une vérification (nombre de pas ou de longueurs de bâtons) entre le point d’impact et la base est effectuée. Si la mesure envisagée se révèle trop optimiste les points annoncés reviennent à la “défense”, sinon les “attaquants” gardent le bénéfice de leur évaluation.

    D’autres variantes, souvent basées sur l’adresse du “lanceur” existent. En particulier celle qui consiste à tenter de doper le nombre de points en jeu en réussissant un petit tour de force : avant de propulser au plus loin le tinnel qui, à sa sortie de la base, virevolte, le lanceur tente de le faire rebondir une, deux, voire trois fois …ou plus sur son bâton, le nombre des points en jeu se trouve ainsi multiplié par deux, trois…ou plus. Cet exploit porte parfois le qualificatif de double, triple, ou quadruple tinnel…

    Un complément à la règle, exposée ci-dessus, pour propulser le tinnel peut également être introduit. Il consiste à insérer dans le déroulement de la partie une autre façon de le lancer. Ce dernier est alors placé, à plat, en travers de la base. Une extrémité du bâton est insérée en dessous. Le lanceur, le soulevant vivement, expédie ce projectile droit devant (8).
    Puis, à son tour, le bâton est mis en travers de la base (9). Dans le cas où un défenseur a réussi à saisir le tinnel au vol il tente, le relançant vers le trou, d’atteindre le bâton. Sa réussite provoque l’élimination du lanceur…

    L’ambiance de la partie.

    Au cours du jeu l’adresse des joueurs se manifeste nécessairement : propulser le tinnel n’est pas chose simple, le faire après un ou deux rebonds sur le bâton encore moins. Le récupérer en plein vol, éventuellement d’une seule main, est aussi périlleux, même douloureux pour les doigts. L’aspect dangereux de l’exercice est réel, un tinnel pris en pleine figure laisse des traces ! Sans doute est-ce là la cause de sa disparition. De nos jours de multiples protections, assez semblables à celles des joueurs de Base-ball, seraient nécessaires.

    L’émulation entre les deux camps était réelle, les prouesses des uns et des autres provoquaient une ambiance chaleureuse, les paris sur la distance atteinte par le tinnel donnaient lieu à supputations et demandaient d’avoir la longueur du bâton “dans l’œil”, les contestations étaient souvent enflammées. Etre adroit et savoir réfléchir étaient une nécessité ! Bref, il y avait de l’ambiance !

    Mais, d’où ce jeu venait-il ?

    Les divers témoignages laissent penser qu’il ne se pratiquait que dans certains quartiers de Plougonvelin et non pas sur toute la commune. Les recherches chez nos voisins du Conquet ou de Locmaria-Plouzané sont restées vaines. Peut-être, amis lecteurs, pourrez-vous nous en apprendre plus à ce sujet ? Des échanges avec d’anciens pratiquants ont fait remarquer des similitudes entre le jeu du Tinnel et le Cricket des Anglais ainsi qu’avec le Base-ball des Américains. Un correspondant m’a fait part de sa stupéfaction en regardant il y a quelques années un reportage à la télévision. Le sujet faisait découvrir un lieu accessible seulement à pied après plusieurs journées de marche en zone montagneuse, aride. Soudain, dans un village perdu, un gamin est apparu à l’écran, il faisait rebondir de façons multi répétées, sur un bâton qu’il tenait à la main, un objet familier à notre téléspectateur…un tinnel ! Nous étions en Afghanistan !

    Nos remerciements à François Goarzin, René Lannuzel, André Petton, Henri Richard, Daniel Le Gléau, Loulou Stang qui ont activé leur mémoire. Merci aussi à Odette Goarzin dont l’accueil si sympathique (et succulent sur le coup de quatre heures) a permis l’échange ‘’en direct’’ à quelques vieux joueurs de Tinnel.

    Pour P.H.A.S.E., B. Le Ru et Y. Allain.

    Publié dans les Echos de Plougonvelin de mai 2009

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