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Rap breton ? Gwerz ?

Une série d’évènements récents me firent trotter dans la tête une idée qui y germait depuis longtemps :

  • C’est d’abord un cahier de chansons qui m’a été communiqué par Marie Louise Cloitre qui a tout déclenché. Il a été écrit au début du XXème par Pierre Le Stang de Kerivin Vao. Pierre est fils de Jean, qui lui était « de Pencreach » et de Marie Yvonne Lars de Locmaria et Jean, lui, est fils de Yves de Gorrequear et de Marie Guillemette Jezequel de Pencreach… tout çà pour vous dire que « le coin était bien connu avec lui » mais Pierre l’était aussi pour avoir été un chanteur émérite, souvent sollicité pour animer les mariages.
    Le cahier respectueusement conservé par son fils François contient 194 pages (même s’il en manque quelques unes) remplies d’une belle écriture à l’encre et à la plume … « sergent-major », n’est-il pas ! Dans le cahier, des chansons f r a n ç a i s e s sans doute en vogue dans le moment, certaines ayant un rapport manifeste avec la guerre dont le souvenir était toujours présent cependant « Le conscrit de Saint Pol » me semble plus ancienne, il a toute l’apparence d’une gwerz .
    Il y a aussi des chansons en français, ce qui n’est pas la même chose, comme celle qui s’intitule « Les petites bretonnes », laquelle s’achève par « 
    Les filles de Plougonvelin
    Avec leur robe de lin
    Sont toutes bien gentilles
    Et sont de charmantes filles
    Elles sont un peu coquettes
    Dégottent celles du Conquet
     »
    … bon, là la rime n’est pas évidente … D’autres, de ce dernier type, sont des chansons encore connues des initiés telles « Derrière chez moi y’a un étang » ou « Déjà mal mariée » ou encore « Quand j’étais chez mon père garçon à marier », chansons à danser, an dro ou hanter dro ou autres.
    Enfin, le nombre de chansons en breton est impressionnant (il y a même des monologues), la preuve que chez nos pères, la langue était bien vivace et particulièrement active, langue du quotidien et des jours de fête, et à nouveau, certaines, par leur longueur, ont tout de la gwerz.
  • Depuis quelques temps, un breton, un de plus me direz-vous, occupe le devant de la scène, même que la t.v… Skol Vreizh , son éditeur, a dû remettre sur le métier l’ouvrage, non pas vingt fois… pas encore, mais deux ou trois rééditions, alors que le livre a paru au 4ème trimestre 2010 ? Nos amis de Marc’h Mor ont eu le plaisir de recevoir il y a peu Hervé Lossec, l’auteur des « Bretonnismes ». Là aussi nous pouvons y trouver comme une imprégnation de notre français quotidien par nombre de mots bretons. Je me souviens qu’il me fallu retourner à l’école, celle du breton, pour me rendre compte que des mots que j’employais couramment, pensant m’exprimer dans un français correct, étaient des inclusions bretonnes ou pour reprendre ce que dit Hervé, un substrat linguistique … Il ne manque pas lui non plus de souligner quelques rimes, telles celle-ci « Yec’hed mad d’an holl / Hemañ ‘zo vont da goll » que l’on pourra compléter par « Met ne vo ket kollet evit an holl » (Bonne santé à tous, celui-ci va à sa perte …. Mais il ne sera pas perdu pour tout le monde).
  • Ces rimes m’en rappellent d’autres, lues il y a déjà longtemps mais régulièrement consultées, celle du « Barzaz Breiz », lequel est un recueil de chants poétiques appelés gwerziou, sur lesquels se sont penchés des spécialistes, pour déclarer que les sujets traités étaient de véritables chroniques ayant trait à un évènement passé. La rime a un rôle très important, elle est déjà en elle-même musicale. Pour mieux les imprégner dans les mémoires et les transmettre on a adjoint aux vers, une musique. Celle-ci peut être reprise pour des évènements différents.
  • Je notais il y a peu que le rap était une expression vocale sur fond musical ! Sans trop s’appesantir sur l’étymologie, notons qu’au XVIII « to rap » anglais, signifiait « dire ». Le rap moderne a débuté aux Etats-Unis vers 1970. Il cumule un aspect festif et parfois contestataire. Il peut devenir critique, porter des messages sociaux parfois violents. Il peut être utilisé à des fi ns politiques voire de prosélytisme. Il utilise un support musical pour exprimer le plus souvent un ressenti, un quotidien parfois difficile … Je me rappelle avoir chanté en son temps quelques airs… bien contestataires. Plus politiques peut être, sont les paroles d’« An Alarc’h »… Je ne suis pas assez connaisseur du monde rap pour en dire plus mais n’y a-t-il pas là suffisamment d’ingrédients pour poser la question : les gwerziou, ancêtres du rap ? Tiens, au fait, est-ce que vous connaissez le groupe « Raggalendo » ?
    Rémy le Martret Président de PHASE

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