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La vie dans les tranchées

  •  les conditions de vie
  •  le courrier, les permissions...
  •  ... la madelon
    « Les obus piochaient la terre autour d'eux, qui s'efforçaient de faire corps avec elle, de ne pas laisser dépasser la moindre parcelle de chair.... Il y eu une explosion toute proche.... ils sentirent quelque chose dégringoler sur leur tête.... Tous les trois y portèrent leurs mains et les retirèrent pleines de sang. »....
    -- «Il n'en reste pas grand chose !»
    -- «Tu as vu qui c'était ?»
    -- «Non, il est trop amoché»

    C. SIGNOL - Un matin sur la terre

    Le 23 février 1916, deux jours après l'attaque allemande sur Verdun, le poilu Edmond BOUGEARD écrit dans une lettre:
    .... «Tout saute autour des tranchées. La fumée des éclatements est comme un brouillard. Les blessés agonisent sans soins; ils sont trop. De tous les coureurs envoyés aux ordres, pas un ne revient. A huit heures du soir, un obus tombe en plein dans la tranchée, semant les blessés et les cadavres. Une cervelle est sur ma capote, je suis plein du sang des copains. Au fracas des obus, se joignent les plaintes des agonisants. La neige tombe, il fait très froid. On se bâtit un abri avec les cadavres. »

    J.P. GUENO - Paroles de Verdun

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    Cette boue dont on ne peut se défaire.

    Conditions de vie

    ....« J’ai dormi avec les hommes dans un boyau couvert où l’on aurait pu parquer dix vaches et où nous étions cinquante-trois. Nous couchions en sardines.
    Je ne sais si je pourrais dormir dans un lit, à présent on est habitués à coucher par terre ou sur la paille quand on peut en trouver. Il y a bien deux mois que je ne me suis pas déshabillé, et j’ai enlevé mes souliers cette nuit pour dormir ; il y avait au moins quinze jours que je ne les avais pas quittés. »
    http//www.histoire-en-question.fr

    Les rats

    Le corps est soumis aux pires agressions, brûlures, engelures, fluxions de poitrine, plaies purulentes. Sans compter le cortège de poux, de puces, de mouches et de vermine. Des effluves de vinaigre et de pétrole (seuls boucliers face à ces sales bestioles) rendent nauséabond l’atmosphère des abris. A cela s’ajoutent les odeurs d’urine, de transpiration et de cadavres en putréfaction. Un jardin d’Eden pour les rats qui infestent les refuges en hordes velues.

    ....« Je passe des nuits terribles, recouvert totalement par mes couvre-pieds et ma capote, je sens pourtant ces bêtes immondes qui me labourent le corps. Ils sont parfois quinze à vingt sur chacun de nous, et après avoir tout mangé, pain, beurre et chocolat, ils s’en prennent à nos vêtements. »...

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    La soupe

    Pour tromper l’ennui les hommes se raccrochent à des plaisirs simples : manger, boire, fumer. Malgré le rationnement qui sévit surtout durant l’année 1917, le poilu ne meurt pas de faim. Pommes de terre, pâtes, riz, fayots et viande constituent la base de son alimentation. Délicate mission que celle des hommes de soupe en charge du ravitaillement de leurs camarades. http//www.histoire-en-question.fr

    Le vin

    Si les estomacs ne crient pas famine... la pénurie d’eau assèche les gorges. L’eau potable se fait rare. Les hommes se rasent avec le café ! Ils en viennent à implorer le dieu Pinard qu’ils savent plus généreux. Le gros rouge coule à flots et l’alcoolisme se développe insidieusement dans les tranchées. Un chasseur du 30e BCA écrit : ....«Ce sacré pinard...c’est encore lui qui nous fait oublier notre cafard, c’est notre meilleur copain, c’est pas une chose avouable, mais c’est comme ça. Gare à ceux qui ne pourront pas s’en déshabituer après la guerre.».... http//www.histoire-en-question.fr

    Jean René POULLAOUEC de Gorréquéar en PLOUGONVELIN, revenu de la grande guerre a raconté que, durant l'hiver ....
    « il faisait si froid dans les tranchées, que ses copains et lui-même ont dû sucer des glaçons de vin, pour apaiser leur soif, car ils n'avaient plus d'eau.»....

    Monsieur POULLAOUEC a payé cher son tribut à la nation, car en septembre 1944, lors de la libération de PLOUGONVELIN, sa femme et son fils furent tués dans un champ à Poulherbet, pendant la traite de leurs vaches.

    Propos recueillis par Bernadette LE RU auprès de Laurent et Pierre LE RU.

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    Le tabac

    Quand ce n’est pas avec le vin c’est avec le tabac que les hommes trouvent du réconfort. Les accros au "perlot" forment une petite communauté reconnaissable à ses rites.

    Le plus touchant est la communion du feu. La cigarette à bout d’or fraternise avec le mégot. L’officier et le soldat se rapprochent dans ce geste spontané.

    Néanmoins une superstition plane....Un soldat peut allumer sa cigarette avec le même feu.

    Si un troisième homme demande à partager la même allumette, il s'expose à une mort prochaine.

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    Le courrier

    Chargé de la distribution du courrier le vaguemestre est celui qu’on adule où qu’on déteste, selon qu’il apporte des nouvelles de vos proches ou qu’il n’amplifie leur silence. A partir de l’année 1915, il ne faut plus que trois jours pour qu’une lettre parvienne à son destinataire, autant dire… une éternité quand même.

    Elles arrivent, ces lettres pleines de tendresse ou d’amitié, un soir de bataille avec le ravitaillement et les noms qu'elles portent ne sont déjà plus que des rubriques d'état civil.

    Le gradé chargé de la distribution les appelle quand même. Mais sa voix baisse aussitôt jusqu'à devenir un chuchotement inintelligible.

    Rien de plus poignant que les quelques secondes de silence qui succèdent. C'est la confrontation de ceux qui savent le malheur avec ceux qui l'ignorent encore. .

    ...« Tu ne peux croire le plaisir que cela fait quand on reçoit un colis, on est comme de grands enfants ici. Un rien te contente comme un rien t'attristes. Tu vois tous ces pères de famille, au courrier, l'œil et les oreilles aux aguets, épier et attendre, s'il ya une lettre ou un colis pour eux.

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    Quand ils n'en ont pas, quelle déception. Quant ils ont une lettre, ils ont le sourire. Vivement il la décachète, avidement il la parcourt pendant que d’un revers de main, il écrase la larme qui était au coin de l’œil. Ton ami dévoué.»…
    Lettre d’un poilu 18 novembre 1914

    La lecture du courrier se vit de façon intérieure, intime. En revanche, il est d'usage qu'à la réception d'un colis - et ils sont nombreux - le soldat partage avec ses camarades chocolats, confitures et autres cochonnailles.

    Les poilus en permission

    ...« Et soudain, il y a la rue, des exclamations, des fenêtres qui s'ouvrent, des bruits de sabots pressés, des chuchotements entrecoupés de curieux silences.... un soldat qui vient en permission sans avoir averti du jour, ni passé par la gare......Quelquefois, le permissionnaire arrive ...... à pied..... Qu'est-ce que cinq ou six lieues pour un soldat paysan! C'est ainsi que les gars du front arrivent quand on les attend le moins.... ....Celui-ci est apparu au milieu de la place. Il est là tout raide, dans son grand manteau bleu aux boutons brillants, le calot bien droit sur la tête, ses deux musettes croisées en bandoulière. Les femmes l'entourent, l'interrogent à voie basse pour essayer de savoir s'il a vu leur mari et quand.
    P.J. HELIAS - Le cheval d'orgueil

    .... «Jamais tu ne croirais que nous sommes en guerre. Plus elle dure, plus ils s’amusent ; des magasins éclairés, des autos superbes, des femmes chic avec petits chapeaux, grandes bottes, poudre de riz, manchons et petits chiens et des embusqués avec de belles vareuses en drap fin, des culottes ajustées et des machins jaunes bien plus reluisants que nos officiers.

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    Nous sommes dans l’Aube… L’aube des mauvais jours... Il neige. Il fait froid. Triste retour de permission. Les permissions, ça ne devrait pas être. Se retremper dans la vie qui devrait être notre vie, vie que nous devrions avoir oublié à jamais, vie retrouvée quelques heures et qui nous laisse un horrible cauchemar qu’on appelle le cafard. C’est la gaieté qui disparaît, l’énergie annulée, la vie sans espoir »...
    Lettre d’un poilu le 5 décembre 1916. http//www.histoire-en-question.fr »

    La fine blessure

    Le soldat craque et n’a plus qu’une obsession ... .quitter le front, coûte que coûte. Moins radicale que la désertion (promise à la peine de mort) la « fine blessure », celle qui nécessite l’évacuation pour l’hosteau, apparaît comme la solution la plus souhaitable. _ Lors des bombardements, il n’est pas rare de voir des soldats lever les mains volontairement au-dessus de la tranchée dans l’espoir d’un éclat d’obus providentiel. L’hôpital offre le répit… et un vrai lit. Aussi, il fait des envieux. Les Boches nous ont encore blessé huit hommes, tous pas grièvement ; si seulement j’avais été à la place de l’un deux. Quel rêve ! L’hôpital ! _ {http//www.histoire-en-question.fr}

    Le Testament

    ....«Je lègue à mon fils André quand il aura 20 ans, ma bague, ma montre, ma chaîne, mes fusils, mes briquets et à ma fille Huguette : mon épingle perle, ma bourse en argent. Je leur laisse à tous les deux le souvenir d’un père qui les a beaucoup aimés, qui s’est fait tuer en brave pour la patrie. Je te laisse à toi le souvenir de neuf belles années passées ensemble et tous les baisers que je t’ai envoyés au dernier moment.».... _ {{ {Lettre d’un poilu, tué le 13 juillet 1915 à l’âge de 33 ans http//www.histoire-en-question.fr}} }
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    Le bout du chemin

    ....« Un jour, la révolution éclate sur nous. Tout le monde se rassemble sur la place. Des cris, des rires fous, des larmes, des auberges pleines.... Les gens de la campagne accourent au bourg en fouettant leurs attelages comme des déments. Les cloches d’un immense baptême résonnent à faire s’écrouler le clocher. Nous apprenons un mot français de plus, encore plus bizarre que les autres :…armistice. » ....

    .... « Les soldats et les marins reviennent, les uns après les autres. Il a bien fallu leur laisser leurs uniformes, ils n’ont rien d’autre à se mettre ..... Ils ne reviennent pas tous ..... Ceux dont la femme a eu la charge de tout pendant quatre ans, ont eu plus de mal à reprendre le train d’avant. ...... Quelques héros, couverts de médailles, n’arriveront plus à commander. Il est vrai que nous avons des femmes fortes, c’est bien connu.....

    .... Alors les anciens combattants jouiront de leur gloire en public et entre eux. Pendant des années, le 11 novembre, anniversaire de l’armistice, ils seront les maîtres du bourg, à la fois respectueux et orgueilleux aux offices, déchaînés dans les auberges. A l’école, les instituteurs exalteront le sacrifice des combattants, qui seront les derniers, c’est juré. Ils ont tout réglé pour mille ans et pour la triple parole : Liberté, égalité, fraternité. »
    P.J. HELIAS - Le cheval d’orgueil

    C’était un matin sur la terre. A 11 heures 30, sur toutes les places des villes et des villages, des hommes et des femmes dansaient.
    C. SIGNOL - Un matin sur la terre

    Pendant ce temps

    On chantait :
    «« Avec l'ami Bidasse, on ne se quitte jamais ......
    «« Quand Madelon vient nous servir à boire ......
    «« Dans le jardin de mon père, les lilas sont fleuris ......
    «« Heureux ce qui sont morts pour la terre charnelle ......

    Dans les cours de récréation on sautait à la corde :
    «« J'ai été dans plusieurs batailles ......
    «« En barque, en barque, en barque, trois jolis moussaillons ....
    «« En avant, en avant la République ......

    Dans les salles de classe on entendait :
    «« Ceux qui pieusement sont morts pour la Patrie ......

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    Et encore .....

    .... « Je ne peux pas dire que nous haïssions les Allemands. Ils étaient ceux d’en face. Au matin d’une des batailles (.....) nous avons perdu un officier. Comme nous reculions, nous avons déposé son corps dans une grange, avec un carton donnant son identité et ces mots " confié à l’armée allemande " Et puis, nous avons fini par reprendre la grange. Les Allemands avaient enterré notre ami, signalant d’un écriteau :" officier français ".Tout ce passait ainsi ».
    Georges DUMEZIL - Ma guerre de 14

    ....« Ce que nous avons fait, c’est plus que ce que des hommes pouvaient faire et pourtant nous l’avons fait. » ....
    Maurice GENEVOIX

    .... « L’haleine du combat nous frôlait et faisait courir en nous un étrange frisson. Sentions-nous que nous allions presque tous être engloutis, en des jours où ce grondement sourd, derrière l’horizon, s’enfleraient en tonnerre au roulement continu ? »
    Ernst JÜNGER

    On oubliera.
    Les voiles du deuil comme les feuilles mortes, tomberont.
    L’image du soldat disparu s’effacera lentement .....
    Et tous les morts mourront pour la deuxième fois.


    Roland DORGELES- Les croix de bois

    Notes de recherches sur Internet et de lectures de Bernadette LE RU et Jocelyne LE GUEN.

    Publié dans les Echos de Plougonvelin d’avril 2009

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