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Une leçon d’équitation !

En ce début d’après midi de dimanche du mois de mars 1945, règne une ambiance un peu morne sur la place du bourg. Les grandes personnes, surtout des femmes et de vieux bonshommes, se dirigent vers l’église, pour les vêpres, par petits groupes épars de deux ou trois. Discutant calmement, les hommes ont parfois le mégot au coin des lèvres, ils ne prennent pas toujours la peine de l’enlever pour parler et leur élocution me paraît étrange. Entre eux cela ne pose, semble-t-il, pas de problème de compréhension.

Mes huit ans s’ennuient, comment vais-je occuper ma solitude ?

Me rendant compte que Tonton Yann ne figure pas parmi les habitués du bistrot de chez ma Tante, je réalise soudain qu’il est de “basse messe”. Ce dimanche il est de corvée, c’est son tour, il a donc assisté à la première messe, tôt le matin, et il doit s’occuper du travail de la ferme. Les autres sont de “grand’messe”, en quelque sorte ils ont un vrai dimanche de liberté.

Je file donc vers la ferme de Gorréquéar, rendre visite à mon oncle pour assister à ses activités, cela me distraira.

J’arrive juste au moment où il s’apprête à conduire au champ, près de Poulherbet, un cheval resté le matin à l’écurie.

« Veux-tu monter sur le dos de Sirène pendant qu’on la mènera au champ ? » me dit-il en m’accueillant.

Je ne suis pas préparé à cette idée et m’imaginer sur le dos de ce grand cheval m’inquiète un peu, mais puisque Tonton Yann tiendra les guides et que l’on ira tranquillement cela me tente beaucoup.

« Oui, oui, d’accord ! », ma réponse fuse, ma réserve initiale est vite oubliée.

Mon oncle me soulève et, vite fait, me voilà juché sur le dos de Sirène !

Je suis surpris par la rondeur de la jument, mes jambes me paraissent bien courtes, je n’arrive pas à lui enserrer les flancs. Heureusement son abondante crinière m’offre une prise solide et je ne me fais aucun souci, de toute façon les rênes sont en mains sûres.

Avant de nous acheminer vers Poulherbet il reste, à mon oncle, une opération indispensable à réaliser. Le temps ne presse pas, il peut bien se rouler une cigarette, c’est tout de même dimanche !

Délicatement il a mis en attente, au bout de sa langue, une feuille de papier O.C.B., tandis qu’il extrait de sa blague une grosse pincée de “tabac gris”.

Absorbé par la cigarette qu’il roule paisiblement, un petit sourire esquissé en coin, l’œil trahissant déjà le plaisir tout proche qu’il éprouvera quand il rejettera de belles volutes de fumée, mon oncle relâche son attention en même temps qu’il laisse pendre les rênes…, libérant Sirène de toute contrainte.

Et s’il en est une qui ignore tout à fait que le dimanche on peut prendre un peu son temps, c’est bien elle ! Soudainement la jument quitte la cour de la ferme et prend le chemin du champ.

Surpris Tonton Yann n’a pas le temps de la rattraper, déjà la belle a pris le trot !

Je me cramponne de toutes mes forces à ses crins, j’essaie, sans succès, de lui serrer les flancs mais mes jambes trop courtes lui glissent sur le poil. Son trot de cheval de labour me fait tressauter, mon derrière subit une partie de tape-cul douloureuse. Chaque rebond tend à me projeter vers l’avant, vers le garrot du cheval, et là c’est encore plus inconfortable car si mon derrière est soulagé c’est mon devant qui se fait coincer sur la partie ossue du cou de ma monture.

« Ho là, ho la ! », mes injonctions à s’arrêter sont sans effet sur Sirène, bien au contraire, mes cris paraissent l’exciter et son trot s’accélère.

Il en est un autre qui accélère, je ne le vois pas mais, outre ses appels à Sirène pour qu’elle revienne à moins d’empressement, j’entends le roulement de ses sabots sur le chemin caillouteux, car mon oncle lui aussi s’est mis au trot, au trot très accéléré probablement. Je ne pense pas qu’il ait été un jour passionné par la vitesse mon cher Tonton Yann, alors, chaussé de gros sabots, rivaliser avec Sirène est bien au-dessus de ses aptitudes sportives. De plus, se sentant poursuivie, ou simplement apeurée, celle-ci, encore plus fringante, se met presque au galop !
Mon équipée se poursuit, déséquilibré tantôt vers la gauche, tantôt vers la droite, retrouvant la verticale pour glisser sur le garrot et avoir le zizi coincé ou me retrouver plus en arrière et subir le tape-cul, j’ai l’esprit traversé par toutes les invocations aux Saints que je connais le mieux. S’il en est un qui puisse m’aider à arrêter Sirène qu’il fasse vite cesser mon martyre !

Je ne sais pas quel est celui qui a répondu à mes suppliques, mais au bout de ce qui me paraît une éternité, il me semble que je maîtrise mieux Sirène, je réussis même à adopter une position moins inconfortable. Pendant quelques dizaines de mètres elle adopte le galop et je trouve plus agréable cette allure, je réussis à mieux être en harmonie avec les mouvements du cheval.

Reprenant brièvement le trot, tout à coup mon coursier s’arrête. La tête passée au-dessus d’une barrière, il attend ; je réalise que nous sommes arrivés au pré où les deux autres chevaux de la ferme se trouvent déjà. Sans doute avertis par le tintamarre de ma course, s’arrêtant de brouter, ils relèvent la tête et saluent d ‘un hennissement sympathique notre arrivée.

Tonton Yann arrive lui aussi, il est essoufflé mais je le sens soulagé, j’imagine qu’il apprécie que j’aie tenu le coup sur le dos de Sirène. Il me fait vite glisser à terre, ouvre la barrière et libère la jument de son mors ; elle est visiblement heureuse de retrouver la compagnie de ses congénères et sans doute plus encore de goûter aux délices de la pâture.

Mon oncle retrouve lui aussi son calme, je ne suis pas sûr du tout qu’il l’ait perdu d’ailleurs, seule une respiration un peu plus rapide, accompagnée de raclements de gorge, révèlent que sa quiétude naturelle a été un brin perturbée.

Se bouchant alternativement les narines droite et gauche en les pressant de la main, la tête inclinée vers le talus, d’un souffle bref mais puissant il se vide le nez des mucosités qui l’encombrent. Sa course, bien inhabituelle, lui a fait perdre la goutte qu’il a souvent au bout du nez mais provoque par contre ce grand nettoyage nasal.

Son réalisme reprend vite le dessus. Rassuré par l’issue heureuse de ma cavalcade, il a rapidement sa “grise roulée” aux lèvres. De son gros briquet à essence une grande flamme jaillit. Aspirant goulûment, son regard trahissant son plaisir, au bout de quelques secondes il exhale, par dessus la barrière de l’enclos, de beaux petits nuages gris-bleus.

Je crois que Sirène lui fait un clin d’œil, en tout cas elle agite fortement la tête de bas en haut, j’ai l’impression qu’elle se moque de lui et un peu de moi.

Il me prend par la main, nous rentrons vers le hameau.

« Tu t’es bien débrouillé, hein ? C’est bien, tu n’as pas eu peur ! »
Je ne cherche pas à le détromper quant à la peur, pas plus que je ne lui fais part du S.O.S. lancé par télépathie vers le Ciel, je ne retiens que son appréciation un peu flatteuse.

« Il vaut mieux ne pas raconter cela aux autres, je pourrais me faire attraper… » , ajoute-t-il.

Je ne peux donc pas faire état de mon exploit. Promis, juré, je ne le raconterai jamais !

Youennig.

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