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Les paroisses de Plougonvelin et Saint-Mathieu au temps des cahiers de doléances (1789)

 Organisation territoriale

La commune de Plougonvelin, dans ses limites actuelles, est née de la fusion de deux paroisses :

  • la petite paroisse de Saint-Mathieu,
  • la paroisse de Plougonvelin, dix fois plus peuplée, dite paroisse-mère car elle comprenait une trêve, on disait joliment une ’fillette’, Lochrist - Le Conquet devenue plus tard commune indépendante. Le recteur résidait au centre de ses paroisse et trêve, à Lochrist : de 1779 à 1792, c’était René Kermergant.

Sous l’Ancien régime les paroisses rurales ne possédaient pas de municipalité ’elles étaient pourtant dotées d’une assemblée qui réunissait en elles les attributions d’une municipalité et d’un conseil de fabrique : elles avaient donc à s’occuper des revenus et des dépenses de l’église et des affaires temporelles concernant les habitants’.

Cette organisation s’appelait le général de la paroisse car à l’origine tous les paroissiens pouvaient prendre part aux délibérations. Très vite le général se trouva réduit à douze membres : le ’corps politique’, l’équivalent du conseil municipal avec, à sa tête, un gouverneur-marguillier.

Le corps politique de Plougonvelin fut supprimé très tard, en tant que conseil de fabrique, le 13 février 1793.

 Charges et fiscalité royales

  • La corvée des grandes chemins : Les paroisses de Plougonvelin et Saint-Mathieu avaient à entretenir, avec Trébabu et Lochrist-Le Conquet, chacun un tronçon de la route de St-Renan au Conquet proportionnellement au montant de l’impôt de la capitation : 429 mètres pour Saint-Mathieu qui avait la chance d’avoir la partie la plus rapprochée et 6 460 mètres pour Plougonvelin qui avait le bout arrivant à Saint Renan.
  • Le corps politique nommait un de ses membres pour encadrer les ’corvoyeurs’ c’était Noël Le Guerranic de Poulyot, qui joua un rôle important dans le conseil municipal de Plougonvelin pendant la Révolution. La charge était très lourde et ne pesait que sur les paysans : les gens des villes en étaient exemptés.
  • Contribution au logement des gens de guerre et au transport de leurs bagages : une lourde dépense, assortie bien souvent d’exactions et vexations.
  • Milice garde-côte. C’était une armée recrutée par tirage au sort depuis 1688 dans les paroisses situées à moins de 2 lieues des côtes, à qui incombait l’équipement. La durée du service était de 6 ans. Le tirage au sort donnait lieu à de nombreuses fraudes et exemptions.
  • Les fouages étaient un très vieil impôt roturier datant des ducs et perçu par feu. Le feu ne correspondait plus au ménage, mais était devenu une unité fiscale servant à taxer une paroisse ; au cours des siècles les bases n’avaient pas variées, amenant de nombreuse inégalités et injustices en raison des variations de population. Le répartiteur de cet impôt, rôle peu enviable, était appelé ’égailleur’.
  • Ils se décomposaient :
  • - en fouages extraordinaires, gérés par les états de Bretagne et consacrés aux dépenses de la province.
  • La capitation ou impôt par tête, due par tous les sujets du roi (sauf le clergé) suivant leur fortune. Mais la noblesse en fait retomber pratiquement tout le poids sur les paysans et la charge en est très inégalement répartie par les états de Bretagne :
  •  La noblesse taxée à 129 5000,
  •  les villes à 345 500,
  •  les campagne à 1 243 900.
    • Droits sur les boissons (vins et eaux-de-vie)  : c’était un impôt roturier : Une bouteille d’eau de vie coûtait 12 sols au prêtre ou gentilhomme, 50 sols au paysan !
    • Le franc-fief est un droit qui frappe les terres nobles exemptes de fouage, possédées par des roturiers. Il est très lourd : une année de revenu tous les 20 ans et à chaque succession.
    • Les vingtième et les droits d’enregistrement (ensaisinement).

     Le régime seigneurial

    La plupart des terres de Plougonvelin et la totalité de celles de Saint-Mathieu étaient du fief, c’est à dire, dépendaient du seigneur abbé de Saint-Mathieu.

    Une seigneurie ecclésiastique, avec les mêmes pouvoirs qu’une seigneurie laïque, peut surprendre. La féodalité est née des désordres des premiers carolingiens.

    Ainsi se constituèrent, nous dit le père Marc, dans son histoire de l’abbaye de Landévennec, par la force des choses, et parallèlement aux seigneuries laïques, dont elles sont souvent le reflet, abbés et seigneurs étant issus des mêmes familles, des seigneuries monastiques où les devoirs et charges des vassaux... sont les mêmes et l’organisation administrative calquée sur les premières.’

     Quels étaient ces droits ?

    • Le droit de banalité de ’moutte’ et de four, c’est-à-dire un monopole avec obligation pour le vassal, dans la banlieue (un rayon de 4 500 mètres) d’aller moudre son grain au moulin du Goazel et de cuire son pain au four banal du bourg de Saint-Mathieu, contre évidemment redevance.
      Les paysans n’ont pas grande estime pour les meuniers : leur chemise, disent-ils, prend tous les matins un voleur.
      Ils ne manquent jamais de ruser pour frustrer les moutaux, (ceux qui font moudre) soit par l’alliage de graines de moindre prix, soit par l’aspersion qu’ils savent faire à propos de la farine sortant du moulin, pour conserver toujours le poids légitime...’ se plaint le cahier de Plouarzel.
    • Le droit de colombier et de chasse.
      L’abbaye possédait au nord-ouest, en bordure de mer un pigeonnier dont les hôtes se nourrissaient gratuitement alentour. Les nobles des manoirs avaient le privilège de la chasse en toute saison.
    • Le droit de ’minage’, c’est à dire de mesure. La capacité du boisseau dit de St Mahé et de la pinte pour mesurer les liquide était différente de celles du roi, celles de la sénéchaussée de Saint Renan, transférée, à l’époque, à Brest : cela facilitait le recouvrement des taxes.
    • Le droit d’avoir une cour de justice.
    • Les ’lods et vente’, droits dus au seigneur en cas de mutation d’héritage, ainsi que le droit de rachat, très lucratif, perçu sur tous les afféagements nobles et roturiers.
    • L’usurpation seigneuriale des biens communaux, malgré le droit d’usage acquis au cours des siècles, avec la complicité du Parlement, cour suprême de justice composée de 98 nobles, tous gros propriétaires fonciers.
      La clôture des terrains vagues pour mise en location est considérée, par le recteur de Plougonvelin, en 1774, à la suite d’une enquête de son évêque sur la mendicité, comme la cause principale de l’extrême pauvreté de 135 habitants de Plougonvelin de l’époque, qui ne pouvaient plus y faire paître leurs vaches.
    • La dîme est la part des récoltes devant revenir à l’église pour son entretien.
      Les grosses dîmes portaient sur le froment, le seigle, l’avoine et les menues sur les fèves et pois. Le blé noir, le lin et le chanvre semblent exclus à Saint-Mathieu.
      Les paroissiens de Plougonvelin se plaignent d’être ’dixmés’ à la douzième gerbe alors que, dans le reste du diocèse de Léon, le taux est trois fois moindre : la trente sixième.
      L’abbaye de Saint-Mathieu levait la dîme dans de très nombreuses paroisses du Léon, soit sur une partie seulement de leur territoire, soit sur une proportion du revenu total ; il fallait bien qu’il reste un peu au recteur pour vivre.
      C’est le cas de Guilers où la dîme est partagée de moitié entre le recteur et les moines. Les paroissiens, qui aiment bien leur pasteur, sont furieux qu’il soit privé d’une partie du revenu qu’ils lui versent et demandent, dans leur cahier, la suppression de l’abbaye de Saint-Mathieu ’riche de près de 20 000 livres de rentes’ et ’ne comportant que trois religieux’. Il y avait en réalité un moine de plus et 2000 livres de revenus en moins.
      Les prêtres de Plougonvelin, Saint-Mathieu, Lochrist- Le Conquet privés de cette source de revenus par le ’gros décimateur’, étaient payés à la « portion congrue » par l’abbé commandataire, Adrien de Robien, vicaire général d’Auxerre, sur le tiers des revenus de l’abbaye qui lui revenait bien qu’il n’y ait jamais mis les pieds : 700 livres pour chacun des deux recteurs, de 300 à 350 livres pour les vicaires.
      La congrue n’a pas le sens usité actuellement de SMIG ecclésiastique, mais celui de rétribution suffisante et normale pour vivre : le contraire d’incongru.
      Il n’y avait, parmi les 120 paroisses du diocèse de Léon, que 9 où les prêtres desservants privés de la dîme, percevait la congrue.

     En conclusion

    On était loin de l’époque des grands ordres monastiques qui firent la Chrétienté . A la veille de la Révolution, les ordres réguliers, en pleine décadence, sont mal supportés :

    « Nous disons ces abbés, ces prieurs commendataires, ces couvents rentés qui s’endorment mollement dans l’indolence, ne rendent aucun service à l’église et sont, pour ainsi dire, membres inutiles de l’État. Ils enfouissent dans leurs cloître des trésors que devraient accroître la masse des finances de l’État en soulageant le menu peuple » (cahier de Plouarzel).

    C’est un peu exagéré car l’abbaye de Saint-Mathieu, en 1789 avait son église en ruines et était perclue de dettes.

    Les classes rurales avaient un sort peu enviable, écrasées de charges et d’impôts : elles ne rechignaient pas devant l’effort s’il était partagé.

    Elles demandaient la fin des privilèges et abus des deux autres ordres, les mêmes droits et une égale considération ; une représentation aux états de Bretagne qui se réunissaient tous les deux ans pour voter les impôts, et à la commission intermédiaire qui administrait la province dans l’intervalle, car tous les représentants du Tiers-Etat étaient, avec l’exclusion des paysans, de ces bourgeois, qui « firent et confisquèrent la révolution ».

    Yves Chevillotte

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    Sources utilisées et citées.

    P.H.A.S.E.