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La Révolution dans la mémoire populaire

Les tribulations de la famille Jézequel de Plougonvelin pendant la révolution.

Une vieille tante raconte ses souvenirs à son neveu [1].

’Je secoue ma paresse et je viens te narrer tous mes souvenirs et ce que j’ai appris de mes parents au sujet de ton bisaïeul, mon vaillant grand-père.

Je ne saurais au juste te dire son âge. D’après mes calculs il aurait de 160 à 165 ans. J’avais de 8 à 10 ans lorsqu’il mourut, mais me souviens de lui aussi bien que si je le voyais.

Il avait une bonne tête, un peu rouge et de beaux cheveux blancs. Il était toujours gai et nous racontait des histoires... Pour moi, c’était un plaisir de rester auprès de lui : il racontait de si jolies histoires et chantait des chansons, car il était d’une gaîté extraordinaire.

Le fort de Bertheaume, à Plougonvelin, a été remis en état pendant la Révolution ; y travaillaient des gens de tous les départements de la France.

Or donc, comme en ces temps de trouble un mot dit contre la Nation suffisait pour être emprisonné, de là à la guillotine, il n’y avait pas loin.

Mon grand-père travaillait donc à Bertheaume avec beaucoup d’autres de son métier de charpentier : depuis que l’on construit des maisons et que l’on fait des meubles, il y a toujours eu des charpentiers et des menuisiers dans notre famille...

Mon grand-père entendit un jour une grande dispute entre les ouvriers. Il faut croire que l’on parlait de ce qu’on appelle aujourd’hui politique.

Un de ses camarades fut accusé par un de ses compagnons jaloux d’avoir mal parlé de la Nation. Il fut immédiatement arrêté, mais mon grand-père et deux de ses amis qui étaient présents à la dispute et savaient qu’il n’avait pas dit ce qu’on reprochait à leur camarade se portèrent témoins pour l’accusation. C’est une chose que je ne comprends pas bien, mais que est très véridique.

Donc tous durent se rendre à Paris ; En ce temps, il n’y avait pas encore eu de victimes, du moins chez les pauvres. Malgré tout le courage des trois bretons à défendre leur camarade, les faux témoins l’emportèrent, et le malheureux fut guillotiné….

Nos trois bretons revinrent au pays, sains et bien portants, sans fatigue, disaient-ils, tandis que les faux témoins ne jouirent pas de leur crime.

L’un se pendit, l’autre fut enseveli dans la neige, et le dernier fut noyé...

Je ne sais pas si c’est un peu après son retour de Paris ou beaucoup plus tard, que mon grand-père fut accusé et enfermé au château de Brest.

Il n’y resta pas longtemps, je crois. Comme il était très bien vu de son geôlier, il n’était pas malheureux. Rien ne lui manquait, ni à manger, ni à boire, et avec son caractère sans soucis, il ne s’en faisait pas, bien qu’il s’attendit chaque jour à monter sur l’échafaud. Malgré cela il ne perdait pas l’espérance.

Comme il s’ennuyait de n’avoir rien à faire, le geôlier lui donna des planchers à réparer. Après, disait-il, il ne s’ennuyait plus. Il était payé 1,50 F par jour, ce qui était une fortune de ce temps-là, mais, ô malheur, quelques jours plus tard, sa bonne femme de mère fut à son tour internée, laissant à la maison, avec le père, de jeunes enfants.

La pauvre femme avait quelque peu bavardé à la maison du four et, comme il y avait alors des espions partout, elle avait été dénoncée. Je ne puis te dire combien de temps ils ont passé en prison.

Quand Robespierre a été tué, tous les prisonniers ont été libérés, et avec quel bonheur, ils s’en sont sortis la tête sur les épaules.

Il faut que je te parle maintenant de ta bisaïeule.

« Elle s’appelait Corentine Millour. Je ne l’ai pas connue, mais d’après mes parents, c’était une belle et forte femme qu’il ne faisait pas beau de regarder de travers. Je vais te raconter une de ses prouesses.

Tu sais qu’en ces temps de terreur, il y eut quelques prêtres qui firent le serment que la Nation exigeait. Les autres en grande partie émigrèrent. Ceux qui restèrent en France se cachaient.

Donc, il y avait alors à Plougonvelin, comme recteur, un prêtre assermenté qu’on avait surnommé Bisforc’hic [2]. De ce temps l’état civil était tenu par les prêtres. Bisforc’hic n’avait guère autre chose à faire que de tenir ses registres en ordre. Il n’avait à faire ni baptême, ni mariage.

Il était resté dans le pays quelque bon vieux curé que l’on trouvait toujours quelque part, soit dans une grange, ou autre part où il disait la messe de nuit, confessait, baptisait, mariait ; en sorte que lorsqu’on allait à la mairie, bien souvent, les époux avaient déjà reçu la bénédiction nuptiale depuis longtemps pour cette question il n’y a pas de limite.

Pour les baptêmes, c’était autre chose : il fallait inscrire l’enfant avant trois jours.

Or ma grand-mère devait être marraine d’un nouveau né depuis deux jours. On n’avait pas encore pu le faire baptiser, mais il fallait nécessairement le faire inscrire.

Le père de l’enfant, un jopic quelconque, n’aurait pas pu rendre des points à Bisforc’hic. Ma grand-mère va donc à ce qu’on appelle aujourd’hui la mairie, mais qui n’était qu’un trou à rat. Le curé était très aimable. On fait la déclaration , on donne le nom de l’enfant, mais hélas, là se borne l’amabilité. Il veut à toute force aller à l’église faire baptiser l’enfant. Le père n’osait rien dire, mais ma grand-mère lui répond carrément que ce n’était pas nécessaire, ni même de mode en ces temps de liberté.

Bisforc’hic s’emballe, ma grand-mère de même ; lui veut la pousser dehors, ma grand-mère est la plus forte et lui flanque une tripotée dans les grands prix.

Hélas, mal lui en prit. Le curé va immédiatement trouver le maire [3]. Le maire était un des plus fervents citoyens de ce temps, donc le crime de ma grand-mère était impardonnable. Oser porter la main sur un curé méritait bien la guillotine. Mais par bonheur le maire était le parrain de ma grand-mère et Bisforc’hic fut forcé de se taire...

Ainsi tu vois qu’on ne peut jamais désespérer de rien.

Dieu avait sans doute besoin de ces deux braves cœurs pour faire souche d’honnêtes gens , car on peut dire en vérité que jamais les Jézéquel n’ont déchu...

J’ai oublié de te dire que mon grand-père s’appelait Jean-Marie, plus connu du nom de Yan ar C’halvez [4]... »

Yves Chevillotte


[1] Lettre du 12 avril 1926 de Françoise Jézéquel, veuve Tanguy, décédée à Loctudy le 27 janvier 1927 à l’âge de 89 ans, à son neveu François Jézéquel, recteur de Bohars, qui en déposa une copie aux archives de l’évêché de Quimper.

[2] Le curé constitutionnel de Plougonvelin était Jean- Pierre le Corre. Bisforc’hic veut dire en breton doigt fourchu, par allusion vraisemblablement au diable qui dans l’imagerie religieuse est représenté avec des pieds de bouc, au sabot fendu ; il avait également des cornes, une longue queue et brandissait une fourche.

A rapprocher d’une plainte de Jean-Pierre le Corre au bureau de l’administration municipale du Conquet en date du 10 juin 1797 où il se plaint d’avoir été poursuivi par une bande de paroissiens ’qui criaient après lui comme après un loup enragé : diable noir, il faut chasser le diable du pays’.

[3] Noël Auffret, maire de 1790 à 1795.

[4] Yan ar C’halvez : Jean le menuisier en français.

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