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Les cafés du Lannou

 Une maison du Lannou vous parle :

« A vous qui cherchez à connaître la vie de vos parents et la transmettre à vos enfants j’aimerais dire :
Je suis une maison sortie de terre en 1904 grâce au savoir faire des deux frères Perrot, François et Jean, l’un était maçon, l’autre menuisier.
Au pignon "Est" ils aménagèrent un appentis, leur atelier. Ma date de naissance est gravée au fronton de la porte d’entrée, 1904 !
La route Le Conquet – Brest passait à mes pieds.
Je revois en rêve les gros troncs d’arbres dont beaucoup venaient de Keledern, propriété de M. Chevillotte.
Je perçois le sifflement des scies et l’odeur de la sciure qui, voltigeant dans la cour, embaume l’alentour.
Au rez-de-chaussée, à droite dans le couloir, se tenait le "bistrot", lieu de rencontre des gens du coin. Bientôt, Mme Perrot accueillit sa nièce Julie née dans une famille nombreuse et se chargea de son éducation. Elle fut rapidement "Julie Lannou" pour tous dans le pays.
Mme Perrot, que tous les membres de sa famille appelaient "marraine" fut la tenancière jusqu’en 1947. Julie et son époux M. Cuillandre lui succédèrent de 1947 à 1949, puis Julie assuma seule la gestion de 1949 à 1952. Sa fille Yvette, avec Jo son mari, prit le relais jusqu’à la fermeture définitive en 1954.

Quelques souvenirs me reviennent ! Une épicerie approvisionnée par la maison Tournellec de St-Renan occupait un coin du café. On y trouvait de tout, sel, café, confiture, moutarde etc…Un immense moulin à café trônait sur le comptoir, chacun pouvait y moudre le café en grains qu’il venait d’acheter. Le gros sel était entreposé dans de grandes caisses rangées à l’arrière du comptoir. Utilisé en grande quantité, à la campagne, pour les saloirs à lard, il était pesé sur une bascule, à même le sol. Au mur un superbe panneau de bois verni supportait le téléphone. Ah ! J’en ai entendu des conversations ! Appels au médecin, au vétérinaire… auxquels Julie Lannou servait, bien souvent, de guide dans les chemins de campagne !

Dehors, près de la porte, une guérite tenait lieu de guichet pour les voyageurs du tramway. Après la fermeture, en 1932, le service de la ligne est revenu aux cars ‘’Castel – Couture’’. Le vendredi, allant à Brest, et le samedi à St-Renan, le car "Lansonneur" venant du Conquet, embarquait tout un petit monde vers les marchés. Les caisses de volailles et de lapins étaient hissées sur le toit du véhicule aménagé en porte-bagages, les porcelets se retrouvaient dans le haillon de la malle arrière. Livres de beurre et douzaines d’œufs, rangés dans de grands paniers, encombraient les genoux des fermières qui, telles Perette, échafaudaient les projets d’achats qu’elles feraient …une fois vendus leurs produits !
Le soir, au retour, le pittoresque était aussi souvent au rendez-vous ! Je me souviens de ces quartiers de lard enveloppés dans des draps blancs, portés sur de solides épaules ils étaient descendus du toit porte-bagages. Flanqués sans ménagement sur la table du café ils attendraient là que la brouette que l’on était allé chercher les rapporte à la ferme.
Au retour de la foire de St-Renan les chars à bancs ne manquaient pas non plus de faire la pause ici, les anneaux pour attacher les attelages, encore fixés dans mes murs, en attestent. Le samedi après midi, un grand coup de balai faisait place nette dans l’atelier : on préparait la piste de danse pour la jeunesse du voisinage, elle se rassemblait dans mes murs puis s’égayait ensuite vers les pardons environnants, et on dansait !!!
"L’orchestre", improvisé, se réduisait à une feuille de papier à cigarette, disposée avec doigté sur un peigne, et à l’adresse d’un bon souffleur. Cela suffisait à entraîner les couples dans des valses, rumbas et…tangos qui, au fil des minutes, favorisaient des rapprochements pas toujours innocents…
Le dimanche après-midi, les éclats de rire détonants des interminables parties de cartes faisaient vibrer mes murs ! Chaque semaine une rebouteuse, Mme Bihan, venait de Brest et tenait sa permanence. Entorses, tours de reins, luxations et courbatures si courants à la campagne ne lui résistaient pas ! Salle d’attente idéale, le bistrot recevait toutes les confidences qu’échangeaient entre eux ceux à qui un petit verre ou un café pouvait servir d’anesthésiant avant la manipulation réparatrice !
En 1944, l’occupant Allemand tenait une batterie au carrefour voisin et un canon était en position dans le champ devant lequel se trouve actuellement une statue de la Vierge. Au cours des combats un obus s’est figé dans mon pignon ouest. Fuyant le danger toute la maisonnée s’est réfugiée, non loin de là, à Keragwen et Roléa. Les soldats se sont aussitôt installés sous mon toit. Tout a été cassé ! Le beau téléphone a disparu, les alcools aussi bien sûr…sauf une bonne bouteille de vin blanc cachée derrière un miroir !
Au retour de mes occupants légitimes, elle n’échappa pas aux libations de la Libération !
Cependant, à la fin des combats des risques subsistaient et la plus grande prudence s’imposait, des pièges pouvaient surprendre…Des grenades dégoupillées, dissimulées dans la caisse à bouchons sous le comptoir, tout comme dans le tas de charbon de la cours, ont été découvertes…Les quatre enfants de la maison, Marie-Thérèse, Yvette, Joseph et Jean, allant se ravitailler au Stang, et franchissant un talus, découvrirent un stylo suspendu à un arbre par une ficelle…Prudence… Piège…
En 1954, Yvette et Jo fermèrent définitivement le petit commerce. Vendue, la licence de débit de boisson a permis l’ouverture, au Trez-Hir, de "La Restauration" qui devint au fil du temps le "Kilt", le "Taonë" puis le "Jaguar". Le service des verres à apéritif a continué sa vocation au café Le Ven au Goasmeur.
En 1976, une autre famille est venue vivre sous mon toit, Yvette et Jo se sont retirés dans une petite maison voisine.
Je viens de fêter mes 102 ans. Entourée d’hortensias et de géraniums, j’ai gardé ma silhouette de jeunesse.
Quand vous passez, telles des flèches, dans votre "automobile", sachez que malgré ma vue qui baisse, je vous vois ! La vitesse c’est votre vie, moi, je viens de vous raconter la mienne.

 « Chez Jeannette »

En rangeant ses tiroirs, Annie découvre une photo jaunie, un peu fripée sur les bords ; tout un pan de sa vie se réveille en elle.
« C’est la maison du Lannou, tout près du carrefour. Mes parents s’y sont installés en 1946. Ils étaient locataires d’une petite ferme sur laquelle il y avait un bistrot. C’était épuisant de mener tout de front et comme tous les enfants de mon âge, je participais, à mon niveau, aux travaux agricoles et aux contraintes du commerce.

Tôt le matin, les ouvriers prenaient leur journal, « Le Télégramme », et les voyageurs pour Brest leur billet par le car Castel Couture du Conquet.

Bientôt il était l‘heure de préparer le repas pour les équipes des chantiers voisins et quand sonnait midi la salle s’emplissait de joyeuses conversations de ces gens qui aiment à se retrouver. Le calme revenu, un deuxième service calait les estomacs des marchands de cochons de Plouguerneau, qui sillonnaient la campagne à l’affût de quelques bonnes affaires à réaliser. En même temps, il fallait servir l’épicerie aux ménagères, recevoir les représentants, téléphoner aux docteurs et aux vétérinaires pour les urgences, porter les lourdes bouteilles de gaz...
Les travaux de la petite ferme ne laissaient aucun répit ; les soins aux animaux, la coupe et la livraison des légumes ainsi que les divers travaux des champs ; mais le clou de cette vie trépidante était au moment de la moisson quand arrivait le jour du battage.

Les jours précédents, les gerbes de blé étaient entassées en grandes meules dans la cour. Le "grand travail", la batteuse, machine appartenant souvent à plusieurs fermiers, était installé auprès de ces monticules. Ce jour là le bruit du puissant moteur BERNARD couvrait celui de la circulation du carrefour. Tous les voisins et même les habitués du bistrot donnaient un coup de main ; les curieux s’arrêtaient pour admirer ces silhouettes couvertes de sueur, gesticulant dans un nuage de poussière ! Voilà ce qu’était le train train quotidien de mon enfance au Lannou. Mes parents sont devenus propriétaires en 1975 et ont pris leur retraite en1983.

Avant 1946 la ferme et le bistrot étaient tenus par M. et Mme Goulven Le Roy qui eux même avaient succédé à Mme Lannuzel (Marie Gouriou) devenue ensuite restauratrice au Conquet.

Yvette et Jo Moal, Annie et Yves Jacopin ont confié leurs souvenirs à Bernadette Le Ru pour PHASE.

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